« Aidez-nous à rester sur cette terre où nous vivons depuis 2000 ans ! »

Le père Yoshia est le curé chaldéen de Mangesh, en Irak.

Quelle est l’histoire récente de la communauté chrétienne en Irak ?

Avant le nouveau régime installé après l’invasion américaine en 2003, nous étions quelque 1,5 million de chrétiens en Irak. Il y avait à Bagdad plus de 30 églises et 70 prêtres pour notre seule église chaldéenne. À partir de cette année noire, les chrétiens ont commencé à fuir massivement la capitale en raison de la présence grandissante de terroristes qui ont profité du chaos qui s’installait peu à peu. Ils n’ont pas fui en raison de la présence majoritairement musulmane, nous vivions bien ensemble. Mais 2003 a marqué le début d’une radicalisation de certains, parfois venus d’ailleurs. En 13 ans, nous avons donc perdu près d’un million de chrétiens…

Comment ces chrétiens ont-ils été accueillis en arrivant au Kurdistan ?

Le gouvernement kurde a été accueillant, en permettant notamment la construction de nouvelles maisons pour ces familles. Mais un immense problème demeure : il n’y a pas de travail et c’est la raison pour laquelle un grand nombre d’entre eux finit par émigrer à l’extérieur du pays, notamment vers l’Europe. Cette émigration se comprend par des chiffres saisissants. Partout, les chrétiens ont émigré et c’est là le plus gros défi que doit affronter la communauté chrétienne d’Irak.

Comment lutter contre cette émigration ?

En restaurant la paix, c’est l’urgence et la condition absolument nécessaire ! C’est pourquoi nous demandons à la communauté européenne et à ses gouvernements de nous aider sur place : il faut œuvrer pour la paix dans la région. Si vous nous aidez à éradiquer la présence de ces islamistes, nous saurons reconstruire l’Irak et vivre les uns avec les autres. Ce sera aussi une manière de stopper l’émigration pour nous et l’immigration pour vous. Nous ne rêvons que de rester et de maintenir notre Église millénaire vous savez, mais le rêve ne suffit pas, il faut des moyens concrets pour y arriver. Nos fidèles ne peuvent nourrir leurs familles avec de belles intentions…

Vous venez de visiter plusieurs paroisses en France. Qu’en retenez-vous ?

Nous savons votre soutien, nous connaissons votre compassion et nous comptons sur vos prières. J’ai été très heureux de rencontrer des Français, très touché de réaliser leur considération pour notre quotidien et apaisé de voir combien nous sommes unis dans les souffrances et la prière. Notre calvaire est long et c’est vrai que nous peinons parfois à en voir la fin, mais, Dieu merci, nous avons encore la force de l’espérance. Et je crois qu’elle est nécessaire partout dans le monde en ce moment ; c’est sans doute ce qui nous unit si fortement. Nous sommes tous réunis par le nom de Jésus-Christ sur cette terre dans laquelle nous vivons depuis presque 2 000 ans, date du passage de saint Thomas, premier patriarche de l’Église chaldéenne. Nous ferons tout pour rester jusqu’au bout et continuer à être cette présence chrétienne au cœur de cette région gangrenée par le diable.