« Certains pensaient à émigrer, la Russie les a convaincus de rester ! »

A general view taken on April 17, 2014 smoke rising from buildings in Syria's ancient Christian town of Maalula, northeast of Damascus, days after government forces took control of the town from rebel fighters on April 14. The Syrian army said it had restored "security and stability" after it recaptured the picturesque hamlet where 5,000 people lived before the war began in March 2011. AFP PHOTO / STR

Le père Toufic Eid est le curé grec-melkite catholique de Maaloula, petit village majoritairement chrétien de Syrie, resté entre les mains des islamistes de septembre 2013 à avril 2014.

Quelle est la situation à Maaloula aujourd’hui ?

Les gens vont bien. Notre village a été libéré et la population apprend à reconstruire sa vie. L’aide de plusieurs associations, grâce à la générosité des Français notamment, nous a permis de financer la reconstruction de plusieurs magasins ou ateliers… Ce qui est beau, c’est que les gens prennent eux-mêmes l’initiative de reconstruire leurs vies, sans attendre nécessairement les aides.

Depuis plusieurs semaines, la Russie bombarde en Syrie. Quelle est la réaction des Syriens ?

Il y a eu une inaction totale de la coalition internationale menée par les Américains contre l’État islamique. Cette intervention russe est donc très bien accueillie par la population syrien¬ne. Enfin, des résultats ! Évidemment que les Syriens sont reconnaissants… Certains de mes fidèles pensaient à émigrer. Grâce à la présence russe, ils pensent désormais à rester.

Que pensez-vous de la politique d’immigration menée par l’Europe ?

L’Europe ouvre grand ses frontières et accepte une immigration clandestine dont elle ne sait rien. Pour nous, ce comportement est incompréhensible. Je suis inquiet pour l’Europe : il est évident que certains pays financent cette émigration massive vers l’Europe. Or, ce que ces pays financent, ce sont des bombes qui pourront exploser en Europe à tout moment. En outre, cette politique menée pousse les gens à partir, alors que nous travaillons sans cesse à les aider à rester sur place…

Pourquoi rester dans ce Proche-Orient menaçant ?

Notre mission est ici ; Dieu nous a voulus ici. Nous avons le droit, mais surtout le devoir, de nous défendre, lorsque nos vies sont menacées, et nos soldats le font. Mais la majorité du peuple syrien est prête à vivre ensemble.

Il y a malgré tout une confiance brisée… Comment reconstruire ?

Toute notre mission de chrétiens repose sur le pardon. Il ne faut pas être naïf, mais il faut que nos bras restent toujours ouverts. Nous sommes au pied de la Croix, c’est vrai, mais ce n’est juste¬ment pas maintenant qu’il faut abandonner.

Que dire aux Français ?

Merci. Merci de votre soutien, malgré la politique menée par votre gouvernement en Syrie. De très nombreux Français ont prié pour nous, et nous ont apporté une aide très concrète pendant cette guerre. Nous avons été terriblement blessés, en revanche, par votre gouvernement et la disparition de la diplomatie française est une souffrance pour nous. Aux Français, je veux donc dire : travaillez à replacer la France sur la scène syrienne. Vous y avez votre place. Poussez vos dirigeants à changer de politique !