« C’est parfois difficile d’être chrétien, mais comme c’est beau ! »

Le père Georges Fattal est prêtre salésien dans la ville d’Alep, en Syrie.

Vous êtes prêtre à Alep, ville “martyre”. Quelle est la situation aujourd’hui ?

Sur le plan sécuritaire, c’est peut-être un peu mieux qu’il y a quelques mois… À Pâques, les quartiers chrétiens étaient, par exemple, directement visés par les obus ou même les missiles des islamistes qui entourent la ville ; ce n’est plus le cas. Mais les obus continuent parfois à tomber et les habitants sont épuisés par cinq ans de guerre sans répit. Depuis Pâques, plus de 600 familles sont parties ; c’est une peine immense pour un pasteur. Les récents changements d’alliance au sujet de la Syrie sont une bonne chose si les gouvernements du monde travaillent désormais à la paix. C’est l’unique chose que nous espérons.

Qu’est-ce qui est le plus difficile pour vos fidèles ?

La vie en temps de guerre est évidemment éprouvante. Vivre la peur au ventre est pénible, ne pas savoir si chaque jour est le dernier, est le lot de tous les hommes bien sûr, mais c’est particulièrement angoissant lorsque des obus fauchent des innocents tous les jours… Beaucoup d’Aleppins ont perdu leur travail ou leur maison. Nous devons trouver la force d’aider autant que possible ceux qui restent et qui font preuve d’un immense courage.

Pourquoi rester ?

Cette terre est la nôtre ! Elle est sanctifiée par le sang de très nombreux martyrs depuis des siècles, mais les chrétiens ont su rester. Le message du Christ est celui de la paix ; l’universalité de ce message est salvatrice pour le monde entier. Certains refusent évidemment de l’entendre et ne supportent même pas que d’autres le proclament. Mais ces fanatiques ne représentent pas le peuple syrien qui a toujours su accepter la présence chrétienne. Notre place est ici, plus encore lorsque la Croix s’impose à nous. C’est parfois difficile d’être chrétien… Mais comme c’est beau !

Comment réussissez-vous à aider ces familles ?

Notre vocation, à nous autres Salésiens, est essentiellement auprès de la jeunesse, qui est l’avenir de ce pays. Nous organisons des après-midi de jeux, des journées pour les familles, et même des camps de vacances pour sortir un peu les enfants de cet enfer quotidien. Nous organisons également des distributions d’eau et de nourriture pour alléger un petit peu les problèmes d’intendance des familles aleppines. Mon réconfort, c’est de voir toutes ces familles braver la peur pour venir prier. C’est là que votre prière est importante, elle nous donne la force de l’espérance. Et sans elle, croyez-moi, nous ne serions plus là.

Qu’attendez-vous de nous ?

Votre prière ! Ne la sous-estimez pas, elle nous est indispensable. Pour le reste, élevez votre voix pour demander la paix en Syrie, sans relâche et par tous les moyens dont vous disposez. Nous n’attendons que la paix, nous ne voulons plus qu’elle. Le reste viendra ensuite et ce sera alors aux Syriens de décider de leur avenir, et à personne d’autre.