« Comment savoir ce que le Bon Dieu veut pour moi ? »

Quelle est la situation dans la ville d’Alep ?
Cela fait maintenant quatre ans que nous subissons la guerre et la situation est tout simplement devenue invivable dans ma ville… Il est difficile de le faire comprendre aux gens, personne ne peut imaginer ce qu’est devenu notre quotidien, et encore moins ceux qui connaissaient la belle ville d’Alep avant cette guerre. Nous vivons d’abord avec des coupures très régulières et très longues (parfois plusieurs semaines) d’eau et d’électricité puisque ce sont les islamistes qui entourent la ville qui ont désormais les commandes…
Concrètement, il n’y a aucun aspect positif dans notre vie quotidienne à Alep. On tente de vivre au jour le jour et parfois même heure après heure. Nous pouvons mourir à tout instant ! C’est inquiétant bien sûr, mais c’est surtout épuisant.

Vous êtes engagée dans le scoutisme. Qu’en est-il pendant la guerre ?
Le scoutisme était parfaitement organisé à Alep, avant la guerre. Cette dernière a imposé de très nombreux défis à relever à tous les chefs et cheftaines de la ville. Très honnêtement, les cheftaines d’Alep sont de véritables héroïnes, car elles prennent des risques et débordent d’énergie pour tenter de sortir les guides d’un triste quotidien. Dans mon groupe, il y avait 150 guides avant la guerre ; nous n’en avons plus que 40 ! Les autres familles ont quitté la ville mais sont encore en Syrie, j’espère qu’elles pourront un jour, bientôt, rentrer. Malgré cette situation qui nous fait mal au cœur, nous n’avons jamais renoncé à une seule activité scoute : nous tenons même à faire notre camp d’été. Nous ne les laisserons pas gagner.

Est-il possible pour vous d’imaginer l’avenir aujourd’hui ?
Parfois, nous avons la sensation d’être morts, de ne plus rien ressentir, tant nous sommes épuisés par la situation… Mais au premier sifflement de balle, nous nous souvenons, et le désir de vivre l’emporte évidemment. Il y a deux manières pour nous de voir notre avenir. La première consiste à se demander si l’on sera encore vivant le lendemain et à profiter du jour qui est. La deuxième consiste à se demander chaque matin : faut-il partir ? Comment puis-je savoir ce que le Bon Dieu veut pour nous ? Parce que c’est finalement ce qui m’importe, mais il est parfois difficile de le savoir.

Avez-vous envie de dire quelque chose aux Français ?
Je n’ai pas grand-chose à leur dire, parce que je crois qu’il est difficile pour eux de comprendre ce que nous vivons. Je n’aurais qu’une chose à dire : vivez et soyez heureux d’être ce que vous êtes ; prêtez attention aux petites choses qui rendent belles vos journées… Passez du temps avec votre famille, chérissez vos amis, profitez des milles recoins magnifiques que compte la France…
Et si vous souriez, en pensant à toutes ces belles choses, tous ces trésors qui nous manquent cruellement, alors pleurez et suppliez avec nous.