« Enseigner, c’est aussi résister ! »

Rania est institutrice et professeur de Français dans une école de Damas.

Vous êtes encore aujourd’hui en Syrie. Est-ce un choix ?

Bien sûr, ce pays est le mien. Il y a ici mes souvenirs, mon métier, ma famille, ma ville, mes amis, ma terre… Je suis Syrienne et j’aimerais vraiment le rester. J’aime ce pays et il a besoin de nous pendant la guerre peut-être plus encore qu’avant. Vous savez il y a ceux qui se battent, mais la guerre ne détruit pas seulement des vies… Nos ennemis risquent aujourd’hui de détruire tout notre passé, notre culture et une partie de notre jeunesse aussi. Enseigner, c’est aussi résister. Nous avons besoin d’une jeunesse instruite et éduquée qui puisse reconstruire la Syrie de demain.

Et comment se passe la vie scolaire depuis le début de la guerre ?

Les bâtiments dans lesquels nous sommes actuellement ne sont pas les bâtiments de base de notre école. Nous étions plus éloignés de Damas, et nous avions une école toute neuve, parfaitement bien équipée et absolument géniale pour tous nos élèves. Rapidement, les islamistes se sont approchés, et nous avons dû fuir. Non seulement pour le risque sur place, mais également parce que les bus scolaires n’étaient plus sûrs. L’un d’eux a été attaqué sur la route et les parents ne vou¬laient plus risquer la vie de leurs enfants pour une journée d’école. Résultat, nos élèves ne venaient plus, il nous a fallu trouver une autre solution. Nous savons l’importance vitale de l’éducation pendant cette guerre, mais les parents préfèrent aussi (et c’est normal) la vie de leurs enfants à leur instruction, s’ils ont à choisir. Aujourd’hui, nous faisons notre métier avec peu de chose, mais avec la volonté de rester et de servir la Syrie…

Vous enseignez le français. Pourquoi ?

Parce que c’est une langue que j’aime énormément ! Vous savez, nous avons beaucoup souffert que la France abandonne ainsi sa présence culturelle dans notre pays. La politique est une chose ; une école française en est une autre, je crois… Les enfants de ces écoles se sont sentis abandonnés, bien sûr, mais, plus largement, c’est la francophonie qui est ainsi menacée. Depuis quelques années, comme partout dans le monde, l’anglais a pris le dessus. Il faudrait que la France nous aide à défendre et propager l’apprentissage du français. C’est une si belle langue…

Quel espoir avez-vous pour tous ces enfants ?

Le même que j’ai pour les miens, leurs parents, nos familles et notre pays : la paix. Nous n’attendons que ça. Cette guerre est injuste pour nous, peuple syrien, qui n’avons jamais rien demandé à personne. J’ai la foi, bien sûr, qui m’aide à espérer. Mais parfois, lorsque vous entendez les bombardements ou apprenez la mort d’un proche, vous avez du mal à espérer. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de votre prière et du soutien de tous les gens de bonne volonté. Ne laissons pas la politique séparer nos pays à l’histoire commune. Si je parle si bien le français, si je l’enseigne, c’est d’abord un signe d’amitié pour la France…