« Fuir, ce serait faire gagner les islamistes ! »

Quelle est la situation à Kirkouk et Souleymanieh aujourd’hui ?
À Kirkouk, nous sommes relativement à l’abri de la situation dramatique qu’ont connue les habitants de la plaine de Ninive, même si l’État islamique ne se trouve qu’à une trentaine de kilomètres. Nous subissons parfois des attentats à la voiture piégée mais nous n’avons pas de combats directs dans la ville. Mais il est évident que la population a peur et que la tension ne cesse de s’accentuer… L’État islamique est un monstre qui fait peur à tous les Irakiens, bien entendu. Il y a également des problèmes d’ordre économique qui fatiguent encore un peu plus des Irakiens, déjà largement éprouvés depuis le début de l’invasion américaine.

Dans quel état d’esprit sont vos fidèles ?
Ils sont épuisés par les nouvelles alarmantes qui arrivent chaque jour à leurs oreilles. L’angoisse rend vraiment la vie insupportable. Mes fidèles ont peur bien entendu. Mais ils subissent également des pénuries vraiment handicapantes dans la vie quotidienne : récemment nous avons eu une pénurie d’essence à cause des élections qui se tenaient en Turquie ; beaucoup de gens étaient tout simplement bloqués par ce manque. Les chrétiens sont parfois plus inquiets que les autres en raison de ce qui est arrivé dans la plaine de Ninive (ils ont eu le choix entre se convertir, payer une taxe, partir… ou mourir), mais tous les Irakiens souffrent de cette situation, chrétiens comme musulmans. Et je pourrais même dire que, dans leur malheur, les chrétiens ont eu plus de « chance » que les autres. Je m’explique : les chrétiens ont été très bien accueillis par d’autres chrétiens, tout a été tenté pour leur rendre la vie plus facile, nous avons trouvé de la nourriture, du lait et des médicaments. Des équipes de jeunes Irakiens ont simplement consacré tout leur temps libre à l’aide aux réfugiés qui arrivaient des autres régions. Les autres communautés n’ont pas bénéficié d’une telle charité en leur sein.

Les chrétiens ont-ils le désir de rester, malgré tout ?
Les chrétiens aimeraient rester en Irak. C’est leur terre, mais beaucoup sont contraints à l’émigration par peur, par nécessité ou parce qu’ils considèrent qu’il n’existe plus aucun avenir pour leurs enfants ici. Je ne peux pas empêcher les gens de partir, mais je veux leur rappeler que c’est une entreprise très difficile d’une part, et que la présence chrétienne est absolument nécessaire en Irak, d’autre part. Si nous fuyons tous, les islamistes auront gagné et je refuse qu’ils l’emportent. Alors nous essayons de faire tout notre possible pour ceux qui restent.

Un mot pour les Français ?
Ne nous oubliez pas, tout simplement. Nous avons évidemment besoin de vos prières. Mais nous avons également besoin de votre aide, parce que nous avons beaucoup de problèmes matériels. J’en profite d’ailleurs pour remercier ceux qui nous aident, et je sais que vous êtes déjà très nombreux…