« Il est parfois difficile de pardonner à un ami qui vous trahit… »

Rima est chrétienne, et professeur de français à Alep.

Vous êtes professeur de français et parfaitement francophone. Quel message auriez-vous pour la France ?
Je ne suis pas seulement francophone ; je suis avant tout francophile. Mais il est parfois difficile de pardonner à un ami qui vous trahit, et c’est l’impression que nous avons avec la France. L’Histoire nous a fait parfois grandir ensemble, malgré ses vraies oppositions, mais nous avons beaucoup de choses en commun et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai appris le français.

Je continue à aimer la France parce que notre relation ne dépend pas de décisions politiques passagères, bien que terriblement blessantes. Mais il est vrai que nous avons du mal à comprendre le comportement de votre pays qui avait une voix diplomatique si reconnue et respectée dans le monde, voici peu. Vos décisions vous regardent, mais certaines sont objectivement injustifiables.

Que votre gouvernement s’oppose au gouvernement syrien, pourquoi pas ? Mais quel besoin aviez-vous de fermer les institutions culturelles et les écoles ?

C’est le peuple syrien que vous avez puni, alors qu’il n’avait rien demandé d’autre que d’aider la France à rayonner ici.

La confiance sera difficile à retrouver, même si nous avons continué à aimer le français, à l’enseigner et à enseigner sa littérature aux étudiants qui le voulaient bien.


Vous habitez Alep… Comment va la ville ?
Vous ne savez pas évidemment, puisque le monde entier a parlé d’Alep pendant quelques jours avant de s’en détourner, en prouvant une fois de plus son indifférence totale à l’égard de la population. Vous vous êtes trompés : la ville a bien été libérée et la vie sans obus et sans canon est absolument incomparable à ce que nous avons vécu pendant 5 ans.

Les civils d’Alep ont souffert et sont aujourd’hui heureux de voir de leurs yeux que la fin de la guerre n’a jamais été aussi proche. Aucune famille au monde ne peut supporter les horreurs de la guerre, la peur de perdre un être cher, la crainte de devoir partir… Nous ne nous sommes pas dressés les uns contre les autres, nous avons subi la guerre de quelques-uns, c’est différent.

Nous nous retrouvons, dans les larmes des destructions, de la mort, mais avec le sourire d’un avenir possible, rien de plus. Croyez-moi, cette ville retrouvera sa superbe, avec l’aide de tous ses enfants, sans exception.


Vous parlez de la fin de la guerre… vous pensez que c’est terminé ?
Non, bien sûr. Mais la libération d’Alep est une victoire sans précédent pour nous et nous pouvons à nouveau imaginer l’avenir. C’est le début de la renaissance !

La guerre en Syrie ne dépend pas de nous ; nos vies si. Trop d’intérêts s’affrontent ici et il faudrait que les grandes puissances s’entendent pour que notre quotidien s’améliore définitivement… Alors, à part prier, nous n’avons malheureusement pas grand-chose à faire sur ce terrain !