« Il ne faut pas attendre que tout soit parfait pour agir ! »

Le docteur Adel travaille bénévolement auprès des chiffonniers du Caire.

Qui sont ces chiffonniers du Caire ?
Les chiffonniers sont ces Égyptiens très pauvres qui ramassent, bien souvent en famille, les poubelles, afin de les trier et de les recycler. Ils gagnent ainsi un peu d’argent et rendent aussi un grand service à la ville, puisque certains quartiers restent propres grâce à eux. Ils sont aujourd’hui 100 000 dans le grand Caire et leur nombre ne cesse d’augmenter. Ils sont répartis dans sept quartiers et Sœur Emmanuelle a offert sa vie pour améliorer leur quotidien et leur avenir dans trois quartiers différents. Aujourd’hui, dans le quartier d’Ezbet el Nahr, une école est à disposition de ces familles : l’enjeu de notre pays est l’éducation, pour les chiffonniers comme pour les autres. Mais il n’est pas évident de tenir le rythme : les chiffonniers étaient 4 000 dans ce quartier au temps de Sœur Emmanuelle ; ils sont aujourd’hui 20 000 ! Nous avons déjà une école tenue par des religieuses orthodoxes, qui accueille aujourd’hui 2 966 élèves. Mais il nous faut en construire une nouvelle, parce que, chaque année, ce sont 1 000 à 1 500 enfants qui ne trouvent pas de place dans les écoles.

La première école a-t-elle de bons résultats ?
C’est un impératif ! Le but de cette école est d’offrir un avenir à tous ces enfants chiffonniers. Elle doit les pousser vers le meilleur et c’est le cas. Cette école est devenue récemment la meilleure école de tout le gouvernorat ! Qui aurait pu imaginer cela lorsqu’elle fut inaugurée par Sœur Emmanuelle et Danielle Mitterrand en 1990 ? Personne. Notre joie est aussi dans ses résultats concrets : il y a dans cette école 160 professeurs et 20 % d’entre eux sont d’anciens élèves. D’anciens chiffonniers devenus maîtres d’école ! Il existe aussi des élèves qui sont devenus ingénieurs ; d’autres médecins… Ce n’est pas une majorité bien sûr, mais cela signe une véritable réussite.
Tout le monde répète que l’éducation est l’enjeu n° 1 pour l’Égypte… Pourquoi ?
Environ 40 % de la population égyptienne sont analphabètes. Comme vous le dites, tout le monde prend conscience de l’enjeu immense qu’est l’éducation. Tout simplement parce qu’elle permet d’éviter les lavages de cerveaux qui pourraient plonger notre pays dans le chaos. Au Caire, les chrétiens n’ont aucun problème avec personne. En revanche, dans certains villages reculés, les chrétiens sont persécutés… Ce sont des endroits où les enfants n’ont pas accès à l’école et où d’autres se chargent de leur éducation.

L’Égypte a vécu deux révolutions ces dernières années. La situation est-elle désormais meilleure ?
Meilleure qu’avec les Frères musulmans, c’est une évidence ! Les Égyptiens ont clairement refusé leur mainmise sur le pays et c’est une très bonne nouvelle. Certes, tout n’est pas parfait. Mais il ne faut pas attendre que les choses soient parfaites pour agir. C’est pourquoi nous avons désormais le projet d’ouvrir une deuxième école qui pourrait elle aussi offrir un avenir à des milliers d’enfants, grâce à l’aide de l’association française SOS Chrétiens d’Orient. Merci beaucoup et continuez à prier pour nous car, là seulement, se trouve la véritable « solution » !