« Il nous reste le plus précieux : notre foi ! »

Maria est une mère de famille originaire de Qaraqosh, en Irak. Elle est aujourd’hui réfugiée à Bagdad, avec ses
trois enfants.

Comment êtes-vous arrivée dans ce camp de déplacés, à Bagdad ?

Nous vivions initialement à Qaraqosh, cette ville chrétienne de la plaine de Ninive prise par l’État islamique le 6 août 2014. Ce jour-là, comme tous les habitants, j’ai fui avec mon mari et nos trois enfants vers le Kurdistan irakien. L’État islamique avait prévenu : pour les chrétiens, c’était la conversion, la taxe ou la mort. Arrivés au Kurdistan, nous avons dormi dans la rue pendant trois jours. J’ai fini par vendre deux boucles d’oreille en or, la seule richesse que nous avions, et nous avons ainsi pu payer le voyage jusqu’à Bagdad où j’avais de la famille.

Vous parlez au passé…

Quelques jours après notre arrivée, nous avons reçu une lettre de menace : « Si vous ne quittez pas Bagdad, vous subirez le même sort que les autres », c’est-à-dire la mort. Ma sœur a pris peur et a fui vers le Liban. Moi je suis restée, non par choix, mais parce que nous avons un petit frère handicapé qui était soigné ici. Il est aujourd’hui en Jordanie où nous avons trouvé de quoi le soigner.

Vous êtes donc dans ce camp avec vos enfants mais sans votre mari. Pourquoi ?

Il est là parfois, mais il est en ce moment près de Mossoul, sur la ligne de front. En arrivant ici, nous nous sommes rendu compte qu’il serait impossible de trouver du travail. Le seul travail possible était d’aller se battre sur le front, alors mon mari est parti. Il risque sa vie chaque jour et nous n’avons pas même de quoi vivre correctement avec nos enfants… Mais nous faisons avec ! Dieu merci, l’école est gratuite et l’Église nous offre les transports pour eux… C’est une aide précieuse. Tant que l’avenir de mes enfants n’est pas compromis, je peux accepter beaucoup de choses.

On parle aujourd’hui d’une libération de la plaine de Ninive… Rentrerez-vous ?

Nous ne pouvons rentrer tant que Mossoul n’est pas libérée. Nous avons déjà été trahis une fois à Qaraqosh où toutes les forces armées se sont retirées dans la nuit… Ensuite je ne sais pas, honnêtement, et pourtant Dieu sait combien j’aime cette ville. Mais notre angoisse ne date pas de l’État islamique. La guerre qu’ont menée les Américains a poussé beaucoup de musulmans à devenir fanatiques et nous ne nous sentions pas en sécurité. L’État islamique sera peut-être battu un jour, mais qui vivra dans la région ? La question reste entière.

Avez-vous déjà pensé à vous convertir à l’islam pour être plus tranquille ?

Quelle drôle de question… Jamais ! Nous n’avons pas grand-chose, mais si nous continuons à vivre, c’est parce qu’il nous reste le plus précieux : notre foi. Ce n’est pas facile tous les jours et nous nous demandons parfois quel sens a cette vie, mais notre espérance est notre seule force ; nous n’allons pas l’abandonner !