« Il sera plus difficile de reconstruire les cœurs que les villes !»

Le père Georges Sabé est un frère Mariste d’Alep.

On a beaucoup parlé d’Alep ces dernières semaines. Comment vivez-vous ces derniers évènements ?

C’est un grand soulagement que de voir la ville à nouveau réunie, grâce à Dieu, à l’armée syrienne et aux efforts de persévérance faits pendant cinq ans par les civils des quartiers est et ouest de la ville. Il fallait beaucoup de courage pour ne pas désespérer de cette situation et voici enfin une récompense, même si le travail va encore être très long, les traumatismes nombreux et la reconstruction difficile. Nous étions séparés les uns des autres, nous vivions dans une ville coupée en deux et les obus pleuvaient quotidiennement… Nous ne pouvons qu’être rassurés que la ville soit enfin libérée de la présence de ces groupes armés qui veulent imposer un mode de vie que les Syriens refusent majoritairement. Noël a été fêté dans la paix, pour la première fois depuis le début de la guerre. C’est la fête de l’espérance et de la joie, et nous étions cette année particulièrement touchés par ce message de paix et d’Amour.

La reconstruction va être longue, dites-vous…

C’est évident, comme à chaque fois qu’une guerre ravage les pierres et les cœurs. Nous parlons beaucoup de la reconstruction de la ville, mais je crois que ce sera le plus facile. Cela prendra du temps, mais c’est faisable et nous saurons le faire. Le vrai défi sera la reconstruction des cœurs, le pardon, la réconciliation, le réapprentissage de la confiance… Nous allons avoir toute une génération à éduquer malgré cette guerre, malgré les ravages qu’elle a faits. Nous, maristes, souhaitons justement être présents auprès des jeunes générations – comme nous l’avons toujours fait –, afin de parfaire cette éducation dont ils auront peut-être plus besoin encore que les autres. Nous devons travailler avec la jeunesse, pour qu’elle comprenne ce qu’il faut faire, quotidiennement, pour éviter de telles horreurs. Apprendre à connaître son voisin, à accepter qu’il soit différent, à l’aimer et à le respecter afin qu’aucune nouvelle haine ne vienne remplir les cœurs. C’est un défi magnifique, et pourtant difficile à relever, mais nous avons la force et le désir profond de le faire.

Qu’auriez-vous à dire aux Français, aujourd’hui ?

La même chose qu’aux Syriens avant tout : Noël est la fête de l’espérance, nourrissez-vous de cette espérance, mettez-la au cœur de vos vies et de votre quotidien. Pour ce qui est d’Alep et de la Syrie, je leur ai déjà dit de nombreuses fois : il y a une désinformation énorme sur la situation. Personne ne dit que tout est noir ou blanc ici, nous avons souffert le martyre en imaginant la vie des civils de l’est, mais nous l’avons souffert ici aussi. L’arrêt des combats ne peut pas être considéré comme une mauvaise nouvelle, il faut au moins comprendre cela. Aux Français de bonne volonté, je voudrais aussi demander de continuer à prier, à nous soutenir moralement, afin que nous puissions poursuivre notre mission éducative, qui est la plus importante de toutes, avec ou sans la guerre !