« Ils veulent votre mort ; ils haïssent l’Occident… »

Une jeune Syrienne chrétienne réfugiée (restée anonyme pour des raisons de sécurité) dans le sud de la France revient sur la situation en Syrie et les récents attentats qui ont endeuillé la France.

Vous êtes arrivée en France il y a quelques mois. Pour quelles raisons êtes-vous venue ici ?

Je suis originaire d’Alep, où la vie était deve¬nue invivable. Je suis chrétienne et Alep n’est rattachée au reste de la Syrie que par une route régulièrement attaquée. Si cette route tombe, Alep est aux islamistes. Dieu seul sait alors ce qu’ils auraient fait de toute cette population restée pendant trois ans du côté de l’armée syrienne… a fortiori si elle est chrétienne.

La France vient d’être, elle aussi, la victime du terrorisme islamiste…

Quelle douleur. J’ai vu la destruction de mon pays mois après mois et l’enchaînement des événements français me fait peur. J’ai l’impression que vous ne réalisez pas ce qui se passe. Vous ne savez plus ce qu’est la guerre et vous ne comprenez pas qui est cet ennemi. Ils veulent votre mort, ils haïssent l’Occident – décadent ou non. Vous avez chez vous des barbus que je n’ai jamais vus de ma vie en Syrie, avant la guerre. Vous avez un ennemi intérieur qui se croit chez lui depuis longtemps en France.

Un mot sur la récente politique migratoire de l’Europe ?

Vous êtes fous. Je remercie la France de m’avoir accueillie du fond du cœur, je remercie le peuple français pour son accueil, malgré les conditions. Mais je ne comprends pas ce que vous êtes en train de faire. Je vais parler franchement : vous êtes en train d’accepter dans votre pays des populations entières avec lesquelles il sera impossible de vivre. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi vous ne nous écoutez pas… Nous ne disons pas tout cela pour vous faire peur, mais pour que votre pays ne subisse pas le même sort que le nôtre.

Vous viviez ensemble en Syrie pourtant ?

C’est vrai, et cela se passait bien. Mais voyez comme tout a pu basculer. Certains ont accepté de rejoindre des islamistes et de retourner leurs armes contre nous. L’histoire est jalonnée de récits similaires. Il est possible de vive avec des musulmans bien entendu ; beaucoup sont adorables. Mais il est très difficile de vivre avec l’islam. En plus, nous savons qui nous sommes. Vous, c’est très flou… Vous n’êtes même plus chrétiens.

Que désirez-vous aujourd’hui pour l’avenir ?

Je ne rêve que d’une chose : repartir en Syrie. Vous n’imaginez pas combien il est douloureux de quitter sa terre chérie, celle de ses ancêtres. Les frappes russes raffermissent un peu notre espérance et les changements d’alliance semblent en faveur de la Syrie… Tant mieux !

Vous souhaitez donc retrouver la Syrie « d’avant » ?

Évidemment ! Mon désir n’est pas politique. Avant la guerre, nous vivions paisiblement. En quelques mois, notre pays a sombré dans l’horreur. Ce que pensent vos gouvernants de Bachar el Assad n’y changera rien : entre la paix et la guerre, tous les peuples du monde préfèrent la paix.