« J’ai 18 ans, et je ne demande qu’à vivre en paix dans mon pays ! »

Quelle est la situation à Maaloula?

Nous sommes rentrés avec ma mère et un de mes frères, il y a plusieurs mois, après la libération de notre village par l’armée syrienne et le hezbollah. C’est difficile, mais c’était mon souhait le plus cher de revenir à Maaloula, alors nous sommes heureux ! Nous avons remonté les croix sur l’église Saint-Georges la semaine dernière. Quelle joie de voir que le village reprend son allure d’avant la guerre ! Je fais mes études à Damas, mais je fais les allers-retours tous les jours. Plusieurs de mes frères et sœurs me proposent de les rejoindre à l’étranger, mais c’est hors de question : la Syrie est mon pays et je ne le quitterai pas.

 

Avez-vous peur?

Bien sûr ! J’ai à peine 20 ans et je ne sais pas de quoi mon avenir sera fait. Il y a plus d’un an, nous avons vu les djihadistes attaquer ce village et certains des habitants musulmans s’allier à eux. L’histoire des chrétiens est une succession de persécutions dans la région : nous fêtons cette année les 100 ans du génocide contre les Arméniens et les Assyriens et la Syrie revit ces heures noires… Pourquoi cette haine ? C’est très difficile d’avoir con­fiance dans ces conditions, en constatant que l’histoire se répète trop régulièrement…

 

Certains musulmans ont trahi votre village, la coexistence sera-t-elle possible à nouveau?

Avec eux, certainement pas, puisqu’ils refu­sent notre présence : ils veulent que la Syrie devienne une terre islamique où nous n’aurions aucune place. Mais, à vrai dire, la réponse ne dépend pas vraiment de nous : nous ne refusons la présence de personne ! Notre voisin a tué des militaires qui gar­daient l’entrée de Maaloula le jour de l’attaque. Il n’est pas revenu, mais certains membres de sa famille, oui : je vous avoue que le pardon est pour l’instant difficile à accorder, même si notre curé nous y encourage et que je sais qu’il a raison. Cela prendra du temps… La plaie est encore ouverte.

 

Cette guerre est interminable, mais Maaloula reprend vie…

Plus de 300 familles sont désormais revenues, notre église Saint-Georges reprend vie et les séquelles des combats s’effaceront peu à peu : en cette semaine de Pâques, le message est celui de l’espérance : tant qu’ils détruiront, nous reconstruirons.

Ces djihadistes doivent comprendre que nous sommes déterminés. En tant que chrétiens et en tant que Syriens. Cette guerre n’est pas la nôtre, nous n’en avons jamais voulu. Notre pays n’était pas parfait, bien sûr, mais nous y vivions en paix et rien n’est plus précieux. Il est vraiment difficile de constater les décisions de l’Europe, et tout particulièrement de la France dans ce conflit. Cela suffit ! Je suis encore jeune et je ne demande qu’à vivre en paix dans mon pays, comme la plupart des Syriens.