« J’ai peur que les chrétiens ne soient en train de disparaître… »

Le Père Georges Sabé fait partie de la communauté des frères maristes d’Alep.

Quelle est la situation à Alep ces derniers jours ?

Les 10 derniers jours ont été très violents. Cette semaine était celle des examens de fin d’année, mais les écoles ont été fermées et tout a été reporté. Notre ville était une ville fantôme, seules les ambulances passaient d’un côté à l’autre. Le dimanche de Pâques, celle des orthodoxes, certains fidèles ont été retenus dans l’église et mis en sécurité par le prêtre en attendant que les bombardements cessent. C’est infernal.

Vous subissez cette guerre depuis 5 ans…

La population a désormais très peur et je ressens parfois cette même angoisse qui a semblé être celle de Mossoul à l’arrivée de l’État islamique. Ces bombardements ne sont pas nouveaux, mais cela faisait maintenant un mois que le cessez-le-feu avait adouci notre quotidien… Les rebelles sont venus nous rappeler que nous étions toujours en guerre. Nous aurions tant aimé croire le contraire.

Un nouveau cessez-le-feu avait été annoncé le 5 mai. Qu’en est-il ?

Il a tenu une nuit en effet ! Nous avons pu dormir tranquilles et, dès 15 heures, les chutes d’obus ont repris. Il y a ce sentiment largement partagé qu’il n’est plus possible d’espérer et beaucoup recommencent à quitter la ville. Je crains que les chrétiens fuient à l’étranger. Cette idée me fait peur ; nous sommes réellement en train de disparaître.

Et vous, mon Père, avez-vous encore des raisons d’espérer ?

D’habitude, je disais oui sans hésiter. Aujourd’hui, il m’est très difficile de le dire encore. Je demande, comme saint Thomas, au Ciel de m’aider à croire et à persévérer. Ma foi m’encourage à l’espérance, mais pour être honnête, nous ne savons vraiment pas de quoi notre avenir sera fait.

Quel message voudriez-vous transmettre aux Français ?

Je voudrais d’abord dire que nous sommes réellement exaspérés par les médias occidentaux. Vous n’entendez parler que de la souffrance des civils qui vivent dans les quartiers rebelles, notre vie vaut-elle moins ? Cette partialité médiatique est blessante. Aux médias français, je voudrais simplement demander un peu d’équilibre : il ne pourra y avoir de paix sans justice.

Et aux Français eux-mêmes ?

De ne pas être dupes ! Allez voir vos médias, dites-leur de faire preuve d’un peu d’honnêteté. Nous autres, maristes, avons encore perdu deux jeunes cette semaine, âgés de 18 et 10 ans. Fauchés en pleine jeunesse. Nous souffrons le martyre, nous aussi. Je voudrais demander aussi aux chrétiens français de prier pour nous, et en profiter pour demander au Saint-Père d’agir très concrètement dans les relations diplomatiques pour que cessent enfin ces atroces injustices qui ensanglantent le pays. Mais finalement, c’est à Vierge qui nous nous confions encore et toujours… Même quand il n’y a plus rien, c’est à Elle que nous voulons faire con¬fiance.