« J’ai reçu la force de me préparer à mourir sereinement ! »

Le père Jacques Mourad était le curé de Quryatain, un petit village syrien aujourd’hui entre les mains de l’État islamique. Il a été l’otage de l’organisation terroriste pendant près de cinq mois.

Comment avez-vous été traité pendant votre captivité ?

La première semaine a été très difficile. Puis, on nous a emmenés à Raqqa, fief de l’État islamique. Au début, j’étais révolté, bien sûr ; je me suis apaisé peu à peu grâce à la prière. C’est le chapelet, que je ne récitais pas avant, qui m’a aidé à tenir. J’ai attendu la mort avec sérénité, en me rapprochant de Dieu et de sa mère, un peu plus chaque jour. Je n’avais rien d’autre à faire que de prier, j’ai transformé cette période en une sorte de retraite finalement !

Pourquoi vous prépariez-vous à la mort ?

Parce que je pensais que cela se finirait ainsi. Chaque jour, quelqu’un entrait dans ma cellule pour me demander qui j’étais. Lorsque je répondais que j’étais chrétien, ils ne me laissaient que deux “choix” : me convertir à l’islam ou être décapité. Je n’ai pas réagi à leurs menaces. La première semaine, j’avais peur, mais j’ai ensuite reçu la force de m’abandonner entre les mains du Seigneur et la force de me préparer à accepter la mort plutôt que l’apostasie.

Après Raqqa, ils vous ont ramené à Quryatain. Pourquoi ?

Le 11 août dernier, un cheikh est venu me voir pour me dire que les chrétiens de mon village me demandaient. Je n’ai pas compris. Sur la route, j’ai pensé qu’ils m’emmenaient dans mon village pour m’exécuter. Nous sommes finalement arrivés dans une maison, au milieu du désert : j’ai découvert que mon village avait été pris par l’État islamique et qu’un grand nombre de mes fidèles étaient retenus en otages. Quelques semaines plus tard, ils nous ont ramenés à Quryatain. Les habitants ont eu le droit d’aller vivre dans leurs maisons, avec l’interdiction absolue de quitter le village. Je n’avais pas d’endroit où dormir puisqu’ils avaient pris le monastère, j’ai donc été logé par des paroissiens.

Comment avez-vous retrouvé la liberté ?

Peu importe, je suis désormais libre ; c’est ce qui compte. D’autres sont encore en captivité et il est inutile de les mettre en danger…

C’est le message que vous voulez adresser aux chrétiens du monde entier ?

Bien sûr. Cette période m’a appris la patience, la confiance, et la force de la prière. De très nombreux chrétiens orientaux ont besoin de ces prières. Les chrétiens de Syrie ont besoin de votre soutien.

Que voulez-vous dire par « soutien » ?

Votre prière bien entendu. Mais les Occidentaux peuvent agir pour les chrétiens d’Orient, même ceux qui ne prient pas. Vous pouvez tous agir, afin que vos pays interviennent en faveur d’une solution politique à ce conflit interminable. Sans solution politique rapide, les chrétiens ne pourront pas vivre au Proche-Orient. Je vous remercie pour l’accueil que vous réservez à nos frères chrétiens qui émigrent, mais pensez aussi à ceux qui restent!