« Je n’aime pas parler de “chrétiens d’Orient”… »

Vous abordez la question de la pensée et de la politique arabe, quelle place pour les chrétiens ?
Il ne faut surtout pas oublier que l’Orient était chrétien, avant même l’arrivée de l’islam. C’est pour cette raison que je n’aime pas parler de « chrétiens d’Orient », comme si nous étions étrangers sur notre propre terre. D’ailleurs, si l’on est chrétien, la situation géographique ne change rien à la chose. Mais le trou de mémoire européen réside dans l’oubli des richesses qui se trouvent dans le christianisme oriental, à commencer par l’empire byzantin, mais également toutes les Églises locales. La formidable Église égyptienne qui a beaucoup contribué à la christianisation du Moyen-Orient et les Églises dites “nestoriennes” que l’on retrouve jusqu’en Inde !

La mémoire musulmane a également oublié les racines qu’elle a dans la culture araméenne. Elle oublie également que ce christianisme existe encore et que, s’il a pu subsister pendant des siècles, c’est que l’islam l’avait intégré et accepté pendant de longues époques. Il est difficile d’imaginer la disparition des millions de coptes en Égypte, mais, en Irak, c’est presque terminé. En Syrie, si la ville d’Alep tombait aux mains des terroristes, les chrétiens seraient obligés de fuir pour éviter le massacre comme on l’a vu à Mossoul, ou partout où sévit Boko Haram. Tout le monde sait d’où viennent les financements de ces groupes terroristes et c’est bien le plus écœurant.

Quelle actualité au Liban ?
Il faut remercier le Ciel que la situation n’ait pas dégénéré au Liban, malgré le clivage entre les deux grands blocs politiques : l’un proche de l’axe Syrie-Iran-Hezbollah et l’autre entre les mains de l’Arabie, des États-Unis et de la France… Grâce à Dieu, le Liban n’a pas succombé à l’affrontement régional. Les 15 ans de guerre que nous avons subis ont appris aux Libanais à faire attention. Les dérapages verbaux de politiques sont corrigés, la parole du Hezbollah est calme et mesurée. Et le fait qu’il n’y ait pas de Président n’est pas un drame ; ce n’est pas la première fois de notre histoire.

Islam et christianisme pourront-ils continuer (ou recommencer) à cohabiter en paix ?
Bien entendu, l’Histoire du monde arabe et celle de mon pays l’ont prouvé. Au lendemain du cessez-le-feu, tous les Libanais ont recommencé à vivre ensemble. Regardez l’Irak : il y a des attentats très régulièrement et pourtant, depuis 15 ans, alors que tout est fait pour encourager une partition en États religieux, personne n’y parvient ! Les stratèges veulent découper ces pays depuis leurs bureaux, mais ces séparations ne sont pas voulues par les peuples arabes. Je ne sais pas si les grandes puissances pourront remettre en cause les pays qui existent depuis les accords Sykes-Picot, ni leurs mosaïques de communautés.