« La force des enfants m’impressionne toujours ! »

Le père Joseph est prêtre à Alep, et s’occupe des nombreux enfants restés dans cette ville qui subit d’intenses combats depuis juillet 2012.


Quelle est la situation pour vous, Aleppins ?

Le calvaire d’Alep est le nôtre, quotidiennement, et vous n’imaginez pas combien il est difficile de voir notre ville ainsi défigurée. Mais nous sommes chrétiens et nous puisons notre force ailleurs que sur cette terre blessée. C’est parfois assez mystérieux, même pour nous.
Dans notre souffrance, nous avons des grâces immenses et le sourire de nos enfants en est une. La situation est dramatique et l’avenir incertain, mais nous n’avons qu’une ambition : rendre l’espérance à ces enfants que cette guerre prive parfois de l’insouciance de leur âge. Cette guerre ne nous a pas détruits, même si elle a considérablement compliqué nos vies et endeuillé nos cœurs…

Comment aidez-vous ces enfants ?

Avec la grâce de Dieu et le soutien financier et moral de nombreux amis Syriens ou étrangers, nous avons pu les faire sortir d’Alep cet été, pour la seconde fois. Nous étions déjà sortis de la ville l’année dernière pour aller dans la montagne, et c’est une pause bien méritée et salutaire pour ces enfants, comme pour nous.
À Alep, nous avons de nombreuses activités pour les aider à rester des enfants, à surmonter un morne quotidien et pour les occuper aussi. Nous ne voulons pas laisser ces enfants éprouvés livrés à eux-mêmes, ce pourrait être catastrophique. Mais ces camps d’été sont une respiration loin du bruit des obus !

Cette année, vous avez dû prolonger un peu vos camps…

Oui, les combats ont été particulièrement intenses et l’État islamique a attaqué la route à plusieurs reprises pour riposter aux bombardements des armées syrienne et russe. La route a été complètement bloquée, avant de rester dangereuse pendant plusieurs jours. Nous sommes restés dans le camp, et nous avons attendu qu’il soit plus prudent de rentrer. Nous sommes en car, en plus, c’est très repérable et nous ne pouvons prendre ce risque tant que les terroristes sont encore présents autour de la route.
C’était amusant de voir que les enfants étaient à la fois heureux de rester en camp, et impatients de rentrer chez eux ! Ils sont nettement plus forts que ce que leur impose la guerre ; cela m’impressionne à chaque fois.

Quelles attentes pour le futur ?

Je ne vais pas être très original en vous répondant que je souhaite la paix de tout mon cœur. Ces enfants méritent de vivre, et de vivre tranquillement. Nous souffrons depuis plus de quatre ans, nous allons chaque jour la peur au ventre ; nous avons perdu des enfants, des amis, des parents… Et pourquoi ? Personne ne peut répondre.
Ces terroristes veulent la mort de la Syrie, il est temps d’agir sans équivoque pour qu’ils cessent leur entreprise de mort. Priez pour nous, pour que nous gardions la force !