« La présence chrétienne n’est pas qu’une question de chiffre ! »

Quelle est la situation actuellement à Bagdad?

Par rapport au nord de l’Irak, elle est quasiment “normale”. Nous ne subissons ni les combats directs entre forces armées ni les horreurs de l’État Islamique. La situation est “normale” parce qu’elle est tout simplement inchangée depuis 2003, date de l’invasion américaine en Irak. Une pério­de d’anarchie a débuté au moment de la chute de Saddam Hussein, qui n’en finit pas. Alors, nous essa­yons de vivre normalement et de profiter de ce que nous offre chaque jour parce que nous savons que nous pouvons être surpris à tout instant par un attentat, une fusillade ou une voiture piégée.

Les chrétiens ne sont plus spécifiquement visés, mais ils l’ont été par le passé, les “persécutions à la Daech” exis­tent depuis bien plus longtemps que l’État Islamique lui-même ! L’islamisme est ce qui fait aujourd’hui le plus peur aux chrétiens, et c’est la raison principale pour laquelle ils quittent massivement le pays : sur 6 millions de Bagdadis, nous ne sommes plus que 100 000, alors­ que nous étions encore 300 000 en 2003. Mais, Dieu merci, la présence chrétien­ne n’est pas qu’une question de chiffre.

 

En quoi cette présence est-elle indispensable?

Parce qu’elle est indispensable partout, l’Eu­rope devrait s’en souvenir d’ailleurs. Elle l’est dans notre région pour des raisons historiques d’abord : l’Irak, comme le reste de la région, est le berceau du christianisme. Mais elle l’est également parce que le christianisme porte avec lui la paix. Je regarde avec reconnaissance ces 150 000 chrétiens de Mossoul qui ont été sommés de se convertir à l’islam, de payer l’impôt, ou de partir sans rien. Ils sont de véritables témoins : risquer sa vie pour sauver sa foi, tout laisser pour continuer à suivre le Christ, voilà le témoignage chrétien ! Leur exemple est très important pour nous. C’est une grâce dont nous avons tant besoin, alors que le sentiment général est à la panique.

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Quel message pour les chrétiens occidentaux?

Je pense d’abord aux Occidentaux en général. Qu’ils regardent le résultat de leurs actions en Irak et désormais en Syrie. Vous avez osé parler de démocratie, nous n’avons récolté que l’anarchie. Et que dire de la France qui s’est peu à peu rangée derrières les États-Unis, quelle tristesse !

Mais nous savons très bien que la société civile n’y est pour rien ; elle nous le rappelle sans cesse par le soutien matériel, financier, humain et spirituel qu’elle nous apporte. Ce témoignage est absolument nécessaire pour réparer les « erreurs » de vos gouvernements, parce qu’il faut dire la vérité : les horreurs commises en Irak ne sont pas le seul fait des djihadistes : c’est un problème de politique régionale et internationale.

Cette poursuite d’intérêt a déjà fait trop de victimes : priez pour nous, mais priez également pour la conversion des cœurs et des intelligences !