« La situation est meilleure qu’il y a quelques années… »

Quelle est la situation actuelle pour les chrétiens en Égypte ?
De manière générale, la situation est bien meilleure qu’il y a quelques années, mais beaucoup de choses restent encore à faire. Il faut être patient ; nous ne pouvons pas tout exiger d’un seul coup. Le pays a besoin d’un changement culturel, d’un changement de mentalité et, enfin, d’un changement d’am¬biance. Ce ne sont pas des choses que l’on peut décider du jour au lendemain ! Il y a en Égypte des problèmes économiques et culturels dont tous les Égyptiens souffrent. Mais il est vrai aussi que les chrétiens ont parfois une vie très difficile lorsqu’ils vivent en minorité isolée au sein d’une population majo¬ritairement musulmane. Il existe encore des villages dans lesquels la population musulmane a la mentalité des Frères musulmans et il est donc nécessaire que les autorités ¬soient plus attentives dans certains endroits du pays. Mais nous sommes les fils de la Croix et il nous faut jeter un regard d’espérance sur le monde : nous devons reconnaître que la situation est meilleure.

Quels sont les risques pour les chrétiens dans ces régions dont vous parlez ?
Les Égyptiens sont très sensibles, dès lors que l’on touche à la question religieuse. Il suffit qu’une seule voix musulmane s’élève pour dire qu’un chrétien a mal parlé du Coran, critiqué Mahomet… pour que la population réagisse furieusement. Il arrive alors que la famille de l’accusé soit punie, et que toute la communauté souffre à cause d’une accusation impossible à vérifier… Dans ces cas-là, c’est la loi du plus fort qui s’applique. Les chrétiens sont encore trop souvent intimidés, voire menacés après des accusations (niées pour la plupart) de blasphème. Un autre fléau ronge l’Égypte, c’est la difficulté à appliquer la loi. De belles paroles sont dites, mais la loi n’est pas appliquée. Nous, les chrétiens, n’avons qu’un désir : être reconnus comme des citoyens égyptiens égaux à tous les autres Égyptiens et ce n’est pas encore le cas, dans plusieurs situations.

Qu’est-ce qui vous fait dire alors que la situation est meilleure ?
Je le dis parce que je le constate, beaucoup d’Égyptiens changent leur état d’esprit, notamment grâce à un changement de traitement des chrétiens à la tête de l’État. Nous subissons une véritable discrimination. Mais les discours changent et nous existons de plus en plus dans les discours officiels : c’est un premier pas dont il faut se réjouir. L’attitude du président Al-Sissi au len¬demain de la mort des 21 martyrs coptes nous a beaucoup encouragés. C’est ainsi que les menta¬lités changeront. Mais il faut rester vigilant. Il y a aussi un travail à faire entre chrétiens, et nos fidèles sont heureux chaque fois que nous travaillons ensemble, catholiques et orthodoxes. Avec le pape orthodoxe Tawadros II, nous avons la ferme intention de consolider la fraternité entre nos deux Églises… Nous nous sentons plus forts ensemble.