« Le Liban doit redevenir une priorité pour la France ! »

Tima est une jeune chrétienne libanaise, bénévole auprès des pauvres et des réfugiés.

Emmanuel Macron est venu, François Fillon devait venir, Marine Le Pen est sur place… Comment recevez-vous ces visites au Liban ?

Nous sommes toujours heureux de recevoir des Français, bien au-delà de la question de leurs étiquettes politiques et tous sont d’ailleurs toujours très bien accueillis.

Nous serions heureux aussi que le Liban redevienne une priorité pour la France, nos pays sont deux si vieux amis… Nous nous sentons parfois abandonnés, à l’heure où nous faisons – une fois de plus – face à de très nombreux défis régionaux dans lesquels nous sommes impliqués malgré nous.

Mais le plus urgent, et ce que tous ces candidats à votre présidence doivent comprendre, c’est la question des réfugiés syriens. Nous ne pourrons pas tenir très longtemps avec quasiment deux millions de réfugiés, qu’ils soient Syriens, Irakiens ou Palestiniens.

Cela pose de gros problèmes, économiques bien sûr, mais également sécuritaires. Sans compter que l’équilibre confessionnel est extrêmement fragile au Liban. Nous avons un très mauvais souvenir de l’installation des réfugiés palestiniens ; cela nous a mené à 15 ans de guerre. Personne ne veut subir pareille horreur une seconde fois.

 

Comment les politiques français peuvent-ils agir sur cette question ?

Il est de leur devoir de le faire, et en premier lieu pour la France elle-même. Certains de ces réfugiés voudraient rejoindre l’Europe, vous le savez ; il est dans l’intérêt de tous qu’ils rentrent en Syrie le plus vite possible. Pour le Liban comme pour l’Europe. Il faut donc se dépêcher de trouver une solution politique au conflit syrien. Et même avant cela, d’ailleurs, il faut que les institutions internationales permettent l’installation de camps de déplacés en Syrie. Il y en a déjà, il y a des régions dans lesquelles il est possible de vivre (et pas moins bien qu’au Liban ou en Turquie).

Personne n’a intérêt à ce que ce conflit embrase la région entière, et nous n’en pouvons plus de ces conflits que nous subissons systématiquement sans avoir rien demandé.

Nous ne supportons plus les belles paroles. Maintenant, il faut des actes.

 

Êtes-vous inquiète pour l’avenir des chrétiens dans la région ?

Comment ne pas l’être ? Ils sont en train de disparaître en Irak et l’État islamique ne cesse de vouloir notre mort.

Mais j’ai l’espérance : notre pays a défié la mort tant de fois, la présence chrétienne a été remise en cause si souvent, et pourtant… Le Liban est plus qu’un pays, c’est un message. Cette phrase est de saint Jean-Paul II et il avait mille fois raison.

Mais le problème est que, pour qu’il y ait message, il faut quelqu’un pour l’entendre. Et c’est là que vous intervenez. Les chrétiens sont une nécessité dans la région si nous voulons la paix ; il faut donc soutenir leur présence. Or je crois que nous sommes tous d’accord pour dire que le Proche-Orient serait plus rassurant pour le monde entier s’il demeurait en paix.