« Les Aleppins sont désespérés. Nous n’avons plus que Dieu ! »

La semaine dernière, des rebelles bombar¬daient les quartiers chrétiens d’Alep. En avez-vous souffert ?
Nous n’avons pas quitté l’hôpital et les frappes ne nous ont pas touchés, grâce à Dieu. Mais nous avons eu de très nombreuses arrivées de blessés à l’hôpital. On nous a amené des morts et des blessés que nous avons pris en charge. Mais, rapidement, tous les habi¬tants ont quitté ces quartiers pour partir dans des endroits plus calmes. Les Aleppins sont désespérés. Nous sommes encerclés et il ne reste qu’une route pour quitter le pays. Si elle est coupée, nous sommes totalement enfermés et entre les mains de ces islamistes. Les gens sont terrorisés. Nous resterons tant que possible et nous continuons notre mission : soigner les Aleppins. Mais le travail n’est pas évident. Voilà maintenant trois semaines que les rebelles, qui contrôlent les alentours de la ville, nous privent d’électricité, d’eau et d’internet. Sans électricité, il est très difficile de travailler. À cela s’ajoute un autre problè¬me : nous contournons ce manque avec un générateur, mais le nôtre était trop gros et les sanctions internationales nous privent d’essence. Il était devenu impossible de le faire tourner. Grâce à la générosité de nombreux Français et de l’association SOS Chrétiens d’Orient, nous avons depuis le mois de janvier un générateur plus petit qui nous permet de faire les opérations d’urgence avec l’essence que nous parvenons à récupérer.

La situation s’aggrave-t-elle ?
Dans l’hôpital, nous recevons malades et blessés, quinze à trente selon les jours, comme d’habitude. Mais il y a désormais des membres du personnel qui restent dormir, parce qu’il est devenu impossible pour eux de rentrer. Il est difficile de dire si la situation est pire ou non. C’est simplement que la semaine dernière, les “rebelles”, comme vous les appelez, ne se sont pas contentés d’envoyer des roquettes sur les quartiers chrétiens comme ils avaient l’habitude de le faire. Ils ont envoyé des missiles cette fois-ci ! Leurs moyens semblent illimités et c’est déses¬pérant pour les Aleppins. Les chrétiens ont particulièrement peur, parce qu’ils se sont sentis spécifiquement visés par les djihadis¬tes pendant les fêtes de Pâques. Ils quittaient déjà beaucoup la ville, l’hémorragie est maintenant dramatique. Nous avons plus que jamais besoin de vos prières. Il est parfois si difficile d’avoir con¬fiance. Nous entendons les combats toute la journée et les habitants sont épuisés. Alep est entourée de groupes djihadistes, et les habitants n’ont qu’un mot à la bouche : aidez-nous, sauvez-nous !

Qu’attendez-vous des chrétiens occidentaux ?
Nous n’attendons qu’une chose : que la guerre cesse. Nous sommes épuisés et nous voulons re-trouver la Syrie comme elle était. Alep était une ville magnifique, où il faisait bon vivre. Qu’est-il arrivé à notre pays ? Nous ne le savons même pas. Nous savons que vous priez pour nous et je vous en supplie : redoublez d’ardeur. Nous n’avons plus que Dieu…