« Les Syriens continuent à vivre, à sourire et à espérer.… »

Claudia Touma est le chef de chœur de la chorale syrienne « Cœur-Joie », actuellement en tournée partout en France.

Voilà déjà une semaine que vous chantez avec les enfants de votre chorale, comment se passe ce voyage exceptionnel ?

Tout se passe parfaitement bien et l’accueil des Français fait chaud au cœur après ces cinq ans de guerre, pendant lesquels nous nous sentions parfois abandonnés. Les enfants arrivent chargés d’innocence pour porter un message de paix, rempli d’espérance pour notre pays et pour le monde entier, menacé par les mêmes monstres qui détrui¬sent la Syrie. Nous avons toujours aimé chanter, partager au monde entier ce répertoire de notre culture syrienne. Aujourd’hui, plus que jamais, nous tenons à donner cette image-là de la Syrie, nous voulons prouver aux Français que nous sommes vivants et debout !

Les Français que vous avez rencontrés l’ont-ils compris ?

Toutes les églises et salles dans lesquelles nous avons chanté étaient pleines à craquer, et je crois que les spectateurs ont été heureux d’entendre ce témoignage qui les a parfois étonnés. On s’imagine la Syrie sous les bombes, et personne ne pense que les Syriens continuent à vivre, à sourire et à espérer.

Les enfants rencontrent-ils d’autres enfants ?

Oui, certains de nos petits choristes francophones sont allés dans un collège, d’autres au journal Var matin, pour raconter leur quotidien. Une collégienne leur a demandé « êtes-vous heureux », ils ont répondu par un tout simple « oui ». Ce « oui » est déjà étonnant chez des enfants victimes d’une guerre interminable, mais je vous assure qu’il retranscrit ce que le peuple syrien continue à dire : nous sommes heureux, nous aimons notre pays, nous résistons pour lui. Certains le font militairement, nous avons choisi le chant…

Quelle est votre espérance, aujourd’hui ?

La paix, que voulez-vous que nous espérions d’autre ? Le temps est venu pour tous les pays du monde de s’entendre pour une issue politique à ce conflit dont la population civile est la première victime. Nous sommes fatigués c’est vrai, et nous avons le sentiment d’une injustice inouïe. L’avenir ne sera pas comme le passé, mais nous avons encore tant de belles choses à faire ensemble, et tout un pays à reconstruire. Nous n’attendons que ça.

Votre chorale est chrétienne, mais la majorité de vos musiciens sont musulmans. C’est également un message ?

C’est peut-être devenu un message, mais cela a toujours été comme ça dans notre chorale, parce que c’est la réalité partout en Syrie. Nous vivions ensemble, et nous continuons à vivre ensemble, parce que nous sommes tous Syriens.

Quel message rapporterez-vous en Syrie ?

Sans doute dirons-nous l’accueil chaleureux que nous avons reçu, et le fait aussi que les gouvernements ne sont pas leurs peuples ! Le peuple français que nous avons rencontré a témoigné d’une immense compassion…