« Les Syriens ne veulent pas des revendications islamistes ! »

Tina est une jeune Damascène chrétien­ne, étudiante et restée en Syrie depuis le début de la guerre.

Après cinq ans de guerre, Damas va mieux. Mais votre quotidien ?

Nous avons surtout l’impression que le monde entier s’est habitué à cette guerre que nous ne comprenons toujours pas. Plus rien ne choque personne et le fait que l’opposition soit totalement récupérée par un islamisme terrifiant n’est toujours pas clairement reconnu par les pays occidentaux. Les gens nous plaignent lorsqu’il y a des attentats à Paris ou aux États-Unis, mais nous, c’est notre quotidien depuis des années… Tout le monde se focalise sur l’État islamique, mais il y a de nombreux groupes d’opposition différents qui nous mènent une vie infernale. Damas va mieux, les rues sont pleines, nous sortons le soir et notre vie est quasiment redevenue normale, mais notre peine est immense et la destruction de notre pays suffisamment dramatique pour que nous ayons le cœur vraiment lourd. Quel avenir aura la Syrie ? C’est la question qui nous hante tous, même si le quotidien est moins difficile.

La rébellion semble en difficulté à Alep. Est-ce une bonne nouvelle pour vous ?

Évidemment ! Certains Occidentaux continuent à avoir une vision assez romantique des “révolutionnaires” syriens, mais, quotidiennement, ce sont des obus, des morts et des revendications islamistes, rien de plus. J’ai une peine immense pour les civils qui sont les victimes trop nombreuses de ce conflit de part et d’autre de la ligne de front, mais je ne peux que me réjouir de voir les rebelles encerclés et en très mauvaise position. Il est temps qu’Alep soit libérée de cette présence mortifère et angoissante. Cela fait maintenant cinq ans que les civils d’Alep Ouest – dont aucun n’est armé – souffrent le martyre. Il est temps que cette guerre s’achève.

Vous commencez à espérer la paix ?

Nous ne faisons que ça depuis cinq ans, mais nous commençons à y croire. Les Russes ont été un appui précieux pour l’armée, mais les récentes élections américaines sont aussi un espoir pour nous. Quoi qu’on en pense, il serait temps de comprendre que le gouvernement syrien est un acteur incontournable pour quiconque veut vraiment la paix. Nous, sur le terrain, nous n’attendons que cela et soutenons donc tous ceux qui cherchent sincèrement une solution politique. Si Alep était totalement reprise aux rebelles, ce serait assurément une grande victoire pour la paix. Nos frères Aleppins méritent enfin le répit… Et le conflit pourrait changer de tonalité si la ville était reprise.

Qu’aimeriez-vous dire aux djihadistes ?

Aux très nombreux étrangers, je n’ai rien à dire d’autre que : rentrez chez vous. Ils sont venus détruire un pays dont ils ignoraient tout, au nom d’une idéologie que les Syriens refusent massivement. Je voudrais en revanche supplier les Syriens de regarder honnêtement ce que cette guerre a fait de leur pays. Que ces djihadistes entendent l’appel à la paix de toute leur population et cessent leurs horreurs. Nous n’en voudrons jamais.