« L’espoir de revoir notre ville s’amenuise de jour en jour… » Qaraqosh après prise par Etat islamique

Il y a un an, vous étiez entrain de fuir Qaraqosh à l’approche de l’État islamique. Quelle est votre situation aujourd’hui?

Un an après, la situation des familles chrétiennes déplacées est de plus en plus pro­blématique. Les mères de famille vendent les quelques bijoux qu’elles avaient apportés, les pères leur voiture. Le tout pour pouvoir louer une maison et offrir un environnement aussi décent que possible à leurs enfants. Certaines familles originaires de Qaraqosh ont perdu jusqu’à des centaines de milliers de dollars : elles sont parties précipitamment, en laissant derrière elles leurs maisons, leurs magasins, leurs entrepôts pleins, leurs machines agricoles parfois neuves, leurs générateurs…

 

Ces aides sont-elles encore vitales aujourd’hui?

Sans les colis de nourriture qui sont distribués par les ONG (et notamment par les Français de SOS Chrétiens d’Orient !), ou les tickets à échanger contre de la nourriture offerts par le Programme alimentaire mondial, de nombreuses familles seraient aujourd’hui affamées. Ces aides sont donc absolument nécessaires, aujourd’hui plus que jamais, puis­que le travail est rare et que les quelques économies sont aujourd’hui dépensées. Grâce à Dieu, les autochtones ont été très accueillants et ne réclament pas de loyers à ces familles. Dans ces villages, l’Église organise aussi des collectes auprès des habitants pour aider les déplacés. Dans notre malheur, il y a eu une belle entraide entre les chrétiens.

 

Dieu tire un bien de tout mal finalement… Dans cette fuite aussi?

Nous avons tous en tête ce jour atroce où nous avons dû fuir Qaraqosh. Le 6 août au matin, les obus de mortiers ont commencé à pleuvoir dans et autour de la ville. Vers midi, deux enfants et une jeune mariée ont été tués… C’est à ce moment-là que nous avons commencé à rassembler nos affaires pour partir. Nous avons très rapidement enterré ces trois martyrs et nous sommes partis sans savoir si nous pourrions revenir. Les cloches de Qaraqosh ont alors sonné pour la dernière fois, appelant les habitants à fuir immédiatement. Nous avons eu, en plus, de beaux exemples : l’évêque et le prêtre ont été les derniers à partir. Cette entraide était magnifique… et absolument nécessaire, tant le voyage vers le Kurdistan était infernal. Nous ne savions vraiment pas ce que l’avenir nous réservait.

 

Un an après, quelles sont vos attentes?

Comme tous les déplacés, je perds espoir jour après jour de revoir un jour ma maison et ma ville… Nous sommes évidemment inquiets pour le futur des enfants puisqu’il n’y a rien de sûr pour eux ici : l’éducation n’est pas encore accessible à tous et personne ne peut être sûr d’avoir un toit dans les années à venir… Dieu merci, nous avons encore l’espérance.