« L’hémorragie des chrétiens d’Irak pourrait être fatale ! »

Sabeha Solaka est le maire de la petite ville de Mangesh, située à une centaine de kilomètres de Mossoul, en Irak. Chrétienne, elle est la première femme à avoir été élue maire en Irak.

Comment Mangesh a-t-elle subi l’offensive de l’État islamique dans votre région du pays ?

Mal évidemment ! Mangesh est un petit village qui se situe à une centaine de kilomètres de Mossoul qui est aujourd’hui entre les mains de l’État islamique. Il y a quelques années encore, ce village était entièrement chrétien, mais des musulmans sont venus s’installer peu à peu. Jusqu’à maintenant, nous vivions en paix avec eux. C’est lorsque l’armée des islamistes a proclamé le califat que notre quotidien est devenu terriblement anxiogène. Beaucoup de familles ont été obligées de fuir leurs propres villages menacés ou attaqués et nombre d’entre elles sont venues se réfugier à Manges : près de 2 000 familles chrétiennes, yézidies ou musulmanes sont venues chercher refuge dans notre village. Aujourd’hui, il n’en reste que 456, les autres ont émigré, vers l’Europe essentiellement.

Avez-vous eu à souffrir directement des horreurs de l’État islamique ?

Ils ne sont pas venus dans notre village, mais leur présence nous a touchés (et continue à le faire) évidemment. La guerre avec l’État islamique se fait sur deux plans : d’un côté cette guerre est physique et meurtrière ; de l’autre elle est aussi psychologique. Beaucoup de petits villages qui entourent Mossoul sont chrétiens (ou étaient plus exactement), tous ont été obligés de fuir pour échapper à la fureur islamiste. Leurs récits étaient terrifiants. Et que dire de ces femmes yézidies violées par les soldats de cette armée de monstres… Certains musulmans étaient très choqués par l’État islamique et ses exactions bien entendu, mais pas comme les chrétiens ou les yézidis traumatisés.

Comment avez-vous répondu à cet exode massif vers votre village ?

Nous avons aidé les gens qui arrivaient, évidemment. Mais il était impossible d’assumer l’aide à 2 000 familles ! Mais nous attendons toujours l’aide des associations internationales. Nous ne pouvons assumer seuls pareille situation. Heureusement une quinzaine de petites associations sont venues aider à construire une école, un hôpital d’urgence, à nourrir les familles, à soigner les malades… Mais le problème est également économique pour ces familles : il y a beaucoup de chômage et le problème semble insoluble avec cette guerre.

Qu’espérez-vous ?

Nous n’avons qu’un désir : la paix. Nous souhaitons que tous fassent pression sur les gouvernements pour que cesse cette guerre et pour que nous puissions reconstruire notre pays en paix avant qu’il ne se soit vidé de sa population. Tous émigrent, mais, proportionnellement, l’hémorragie chrétienne pourrait être fatale à la présence deux fois millénaire de notre communauté. Et, pourtant, les chrétiens sont l’origine de ce pays. Nous espérons aujourd’hui que si la paix revient, les habitants – notamment chrétiens rentreront aussi.