« Notre espérance est en Dieu. En qui d’autre ? »

Joseph est ingénieur et père de famille, il travaille depuis le début de la guerre avec différentes paroisses de la ville d’Alep pour soulager les plus éprouvés.

Nous entendons beaucoup parler d’Alep depuis quelques jours. Quelle est la situation ?

Les quelques jours qui ont précédé la Pâques orthodoxes ont été infernaux, des journées noires comme nous n’en avions pas encore connu… Depuis quatre ans, nous sommes bombardés par les « rebelles » qui ont investi les quartiers de l’autre côté de la ville. Mais, en deux jours, nous avons reçu plus de milles bombes ! Vous entendez parler d’Alep, mais toujours du même côté. Le gouvernement bombarde bien sûr, mais les terroristes que vous appelez “rebelles” aussi ! Et nous en faisons les frais, nos vies ne sont pas moins importantes ! Personne ne montre les scènes d’horreurs qui sont pourtant notre quoti¬dien, en ces jours de passion.

Comment faites-vous pour vous protéger ?

J’habite, avec ma femme et mes enfants, au quatrième étage d’un immeuble, et il était bien trop dangereux d’y rester. Nous sommes donc partis nous réfugier chez ma mère ; elle habite un premier étage et c’est toujours plus agréable que notre cave…

Comment s’organise la vie quotidienne ?

Nous avons encore de l’eau, mais pas d’électricité si ce n’est une heure de temps en temps. Nous arrivons à nous organiser avec ces manques, nous sommes largement habitués. Pour les bombardements intensifs, c’est autre chose… Les écoles ont fermé et les gens ne pensent qu’à partir, mais c’est difficile : la route n’est pas forcément sûre et les transports sont très rares. Les étudiants finissent normalement leurs examens la semaine prochaine. Je crains que beaucoup de gens quittent la ville juste après, comme c’est le cas chaque année depuis le début de la guerre. Il est parfois si difficile de garder l’espérance.

Vous avez pensé à partir, vous ?

Au début de la guerre, oui. J’ai même entamé les démarches pour quitter la Syrie. Mais j’ai réfléchi : ma mission est ici, et j’aime trop ce pays pour l’abandonner. Nous, chrétiens, avons un message de paix à transmettre autour de nous, c’est le moment ou jamais d’annoncer cette Bonne Nouvelle. Je me suis mis au service de mes frères Aleppins. Cette période nécessite une grande entraide entre nous. Ma vie a un sens, plus beau que jamais ces jours-ci, même si le quotidien est très angoissant.

Quelle est votre espérance ?

Elle est en Dieu. En qui d’autre ? Bien sûr, nous comptons sur l’armée syrienne, présente dans nos quartiers, mais c’est finalement la Sainte Vierge qui pose le plus doux regard sur Alep, qui souffre avec nous et qui nous protège… Il y a beaucoup de morts causées par la folie des hommes, mais tant de consolations qui viennent aussi du cœur de Dieu, il serait injuste de les oublier. Cela ne nous empêche pas d’être lucides, d’espérer la paix de tout notre cœur, de demander aux Occidentaux d’œuvrer tant qu’ils le peuvent, avec honnêteté, pour que cesse enfin cette guerre. Pitié pour Alep, pitié pour la Syrie!