« Notre force, c’est l’espérance ! »

Monseigneur Dabaghian est l’évêque arménien catholique de Bagdad.

Quelle est la situation de votre communauté ?

Vous savez, mon cœur de pasteur se réjouit lorsque les responsables des différentes communautés chrétiennes se rencontrent pour prier, agir et répondre aux différents défis de notre présence dans la région ensemble. La situation de ma communauté n’est pas très différente de celle des autres communautés chrétiennes d’Irak : notre inquiétude est immense parce que nous peinons à imaginer l’avenir. Cette angoisse est d’ailleurs partagée par nombre d’Irakiens, bien au-delà de la composante religieuse. Notre pays est déstabilisé depuis des années, et tout particulièrement depuis 2003, et le plus difficile est de voir nos fidèles partir vers l’étranger.

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus dans ces départs massifs ?

Nous étions 1,5 million de chrétiens avant 2003 ; nous devons aujourd’hui être 400 000 dans tout l’Irak et beaucoup de ceux qui res¬tent rêvent de partir… Un chrétien seul est en danger, et la présence chrétienne apaisante est nécessaire pour ce pays troublé. Nous n’avons qu’un message de paix à porter et apporter ; ce pays en a besoin évidemment, comme le cœur de tout homme ! Ce qui m’inquiète, plus précisément, pour nos fidèles, c’est que partir n’est pas une solution. En s’installant dans des pays si différents du leur, ils vont se perdre et perdre tout ce qu’ils sont. La terre qui nous a vus naître est une terre sacrée, on ne la quitte pas sans conséquence. Vivre ailleurs est difficile, les enjeux posés par l’Occident sont différents, mais énormes, et je crains que nos chrétientés orientales disparaissent, non seulement de la région, mais même de toute la surface du globe. Ceux qui veulent ai¬der nos fidèles doivent les aider à rester chez eux, dans un pays en paix. Ce n’est pas ce qui est fait aujourd’hui.

Qu’est-ce qui peut aider à rester ?

De petites choses parfois. Beaucoup de nos fidèles hésitent, et il suffit d’un petit déclic pour que leur décision soit prise. Ils sont inquiets pour leurs enfants : les écoles sont parfois difficiles à trouver, et les études impossibles à payer en raison de la situation économique. Aider les gens à travailler, à lancer un petit commerce, ou aider les parents à assumer la scolarisation de leurs enfants sont des coups de main qui peuvent parfois suffire. Je ne peux, ni personne d’ailleurs, obliger mes fidèles à rester ou à partir. Ils sont adultes et cela relève de leur choix d’adulte. Personne ne part de gaîté de cœur. Mais nous avons trop de fidèles qui nous appellent, une fois partis, en pleurant, qui regrettent leur choix, mais qui ont tout vendu ici et qui ne peuvent revenir… Nous devons éviter cela à tout prix. Chaque petite initiative doit être soutenue !

Que demandez-vous aux Français ?

De prier pour nous, il y a dans la prière une consolation immense qui a permis aux chrétiens de surmonter les difficultés nombreuses dans leur Histoire, ici comme ailleurs. Et de favoriser tout ce qui peut nous aider ici, à rester sur la terre de nos pères.