« Notre meilleure arme reste la prière ! »

Hana est mère de famille, chrétienne, et habite Bagdad, en Irak.

Vous habitez aujourd’hui à Bagdad. Quelle est la situation ?

Elle ne change malheureusement plus depuis des années. Elle est catastrophique pour tous, et réellement inquiétante pour les chrétiens. Il est assez insupportable de devoir aller à la messe en traversant un mur couvert de barbelés, mais c’est aussi une nécessité depuis que nous avons été visés par des attentats. Mais cela nous rappelle aussi la valeur inestimable de notre foi.


Avez-vous pensé à partir ?

Bien sûr, comme tout le monde. D’abord parce que l’avenir est vraiment inconnu ; ensuite parce que lorsque tout votre entourage s’en va, il est difficile de trouver la force de rester. Honnêtement, nous n’avons pas tellement de raison apparente de rester dans ce pays, mais il reste la terre de nos ancêtres, le lieu qui nous a vus naître mais c’est également là que se trouvent tous nos repères. Il est difficile pour moi d’imaginer refaire toute ma vie ailleurs. Mais je ne peux dire qu’il s’agit là d’une décision définitive parce qu’encore une fois, Dieu seul sait ce que l’avenir réserve à notre pays ravagé et chaotique. Je viens de la plaine de Ninive et je ne sais même pas si je la reverrai un jour.


Mais la coalition internationale n’est-elle pas en train de reprendre Mossoul et la région qui l’entoure justement ?

Si, mais ce n’est pas aussi simple. D’abord la coalition est composée de nombreuses forces aux intérêts différents et personne ne semble savoir ce qu’il adviendra ensuite. Une autre question se pose également : que vont devenir cet État islamique et les milliers de combattants qui le composent ? Quel est l’état d’esprit de la population civile après trois ans de leur présence au milieu d’eux ? Vous savez, le problème de l’islamisme ne date pas de l’État islamique dans la région, nous avions déjà des problèmes avant son arrivée. Le pays était déjà largement déstabilisé, communautarisé et dangereux. L’invasion américaine a achevé de détruire un pays qui tenait encore grâce à l’existence d’une appartenance nationale. Elle n’existe plus et, si chacun appartient à une communauté soutenue internationalement, les chrétiens sont encore les parents pauvres de cette division : plus aucun pays ne soutient notre présence, que nous ne souhaitons pas nécessairement autarcique d’ailleurs. Beaucoup de questions se posent donc, et le retour dans la plaine de Ninive semble assez improbable, pour l’instant.


Dans quelques semaines, des jeunes Français courront un semi-marathon pour aider à financer une école à Bagdad… Quelle est votre réaction ?

C’est incroyable d’imaginer de jeunes Français prendre du temps et de l’énergie pour nous. C’est une immense force pour nous de savoir que d’autres pensent, prient ou agissent pour nous, parce que nous avons parfois l’impression de souffrir dans l’indifférence générale. Cette aide financière et matérielle est très importante, et la communion de prière plus encore. La meilleure arme que nous ayons est la prière, et je remercie du fond du cœur tous ceux qui persévèrent dans cette voie pour nous soutenir !