« Nous avons chaque jour plus de raisons de quitter l’Irak ! »

Danny est un jeune chrétien Irakien, et avait fui la ville chrétienne de Qaraqosh, à l’approche de l’État islamique, en août dernier. Il décrivait récemment (n° 32) les conditions de vie des réfugiés. Il revient cette semaine sur l’avenir.

Avez-vous des nouvelles de Qaraqosh ?

Nous avons cessé d’avoir des nouvelles, voici plusieurs mois, mais nous en avons eu au début, et elles ne laissaient rien espérer de bon. Nous savons notamment que toutes nos maisons ont été pillées par les djihadistes de l’État islamique. Certaines sont encore occupées, mais toutes ont été visitées. Nous savons également que le monastère des Saints Behnam et Sarah (deux martyrs du IVe siècle, particulièrement vénérés par les Syria¬ques en Irak) a été en grande parti détruit. Mais il y a plus inquiétant : 67 chrétiens de Qaraqosh manquent encore à l’appel ; nous ne savons absolument pas ce qu’ils sont devenus.

Qui sont ces 67 chrétiens ?
Parmi eux, se trouve une petite fille, dont la mère est réfugiée au Kurdistan irakien. Sa fille lui a été arrachée par des hommes de l’État islamique lors de notre fuite. Il y a également des personnes âgées ou handicapées qui étaient restées à Qaraqosh pour des raisons médicales ou personnelles.

Vous espérez, malgré tout, un retour…
Qaraqosh est notre terre, c’est là que se trouvent notre vie et nos meilleurs souvenirs. Nous avons tout perdu en partant. Absolument tout. Les habitants de Qaraqosh ont toujours été de très bons travailleurs. Ils ont gagné leur argent à la sueur de leur front¬. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un seul men¬diant dans la rue : tous ¬avaient réussi à s’en sortir avec cou¬rage. Si, par hasard, quelqu’un manquait de quelque chose, les autres ha¬bitants y pourvo¬yaient. Tous se retrouvent aujourd’hui sans rien, et c’est une profonde injustice. Mais ce n’est pas le plus important : nous y avons laissé nos meilleurs souvenirs, et notre vie finalement. Bien sûr, la vie continue, mais comment imaginer sereinement l’avenir, quand nos racines nous ont été volées ?

Que pensez-vous de la coalition internationale présente en Irak pour combattre l’État islamique ?
Honnêtement, nous avons du mal à lui faire confiance, en raison de l’absence de résultats. Nous savons qu’elle pourrait faire bien plus. Je connais quelques personnes très au courant de ce qui se passe sur les théâtres d’affrontement avec l’État islamique. Elles disent que les avions français interviennent assez efficacement. Mais les Améri¬cains ne le font absolument pas ; c’est pourtant eux qui mènent cette coalition…

Reste-t-il un peu d’espérance, malgré tout ?
Voilà une question bien difficile… En vérité, c’est un miracle que nous attendons. Tous peuvent donc nous aider, il ne faut pas cesser de prier et d’implorer le Ciel. Mais la présence chrétienne ne cesse de diminuer en Irak. Nous avons chaque jour un peu plus de raisons de quitter ce pays. Quel est l’avenir des chrétiens en Irak ? Honnêtement, je l’ignore.