« Nous n’attendons plus rien de l’Occident ! »

Nader est un jeune chrétien damascène.

Nous avons beaucoup entendu parler d’Alep mais peu de Damas ces derniers temps… Comment les choses se passent-elles ?

Il y a beaucoup de choses dont vous n’entendez pas parler, parce que les informations qui vous parviennent semblent triées. À Damas, nous avons été privés d’eau par les terroristes qui tenaient la source à quelques kilomètres de Damas. À Palmyre, ils ont détruit des merveilles. À Deir Ez-Zor, ils ont réussi à couper pendant plusieurs jours la route qui permettait à l’armée syrienne d’approvisionner 120 000 civils pris en otages par l’État islamique depuis deux ans. Nous ne le dirons jamais assez : le seul véritable moyen de nous aider est d’œuvrer pour obtenir un accord de paix le plus rapidement possible. Certains essaient en ce moment ; le gouvernement français est définitivement décrédibilisé dans sa soi-disant lutte pour le peuple syrien. Nous n’avons jamais compté pour lui ; il n’a réagi que pour d’obscurs intérêts financiers et politiques.

 

Quelle est votre espérance aujourd’hui, si vous en avez encore ?

Notre espérance – et elle est bien réelle –, c’est Dieu d’abord, et notre pays tout simplement. La société syrienne est toujours debout ; nous continuons à vivre et le pays tient le coup malgré des attaques politiques et médiatiques du monde entier, ainsi que les horreurs de ces djihadistes. Nous prévenions depuis longtemps de l’islamisation radicale de cette opposition que trop d’Occidentaux ont continué à voir comme une force libératrice. D’autres gouvernements, qui acceptent sans doute de revoir leur position en fonction de la réalité, changent peu à peu (trop lentement bien sûr) de discours sur la Syrie. L’opposition armée a achevé de se décrédibiliser depuis longtemps. Mais, aujourd’hui, nous n’attendons plus rien de l’Occident, nous comptons sur notre propre résilience.

 

Vous parlez de Dieu. C’est ce qui vous fait tenir ?
La Syrie est un pays dans lequel tous s’en remettent à Dieu et c’est sans doute ce point commun – malgré nos différences de religions – qui pousse chaque jour les Syriens à ne jamais désespérer. Je suis chrétien et je n’ai jamais cessé de prier. Je sais aussi que de très nombreuses personnes à travers le monde nous soutiennent par leurs prières depuis le début de cette guerre. Croyez-moi, c’est la plus belle aide qui nous ait été offerte ces dernières années. Ce conflit est incompréhensible pour nous ; trop d’intérêts insoupçonnables se disputent chez nous. Mais j’ai l’intime conviction que la Vérité finira par triompher. Ça aide à tenir, à résister, et à espérer surtout, sans cesse.

 

Pourquoi restez-vous en Syrie ?
Parce que c’est mon pays. Partir serait donner raison aux djihadistes. J’aime ce pays plus que tout. La présence chrétienne est absolument indispensable au Proche-Orient. D’abord pour que cette région ne perde pas ses racines ; ensuite parce que le message chrétien est un message de paix dont l’Orient a besoin chaque jour. C’est parfois difficile, mais c’est une mission magnifique, même si elle s’achève parfois au pied de la Croix. Faites-nous confiance, notre avenir sera celui d’un pays toujours plus rayonnant.