« Nous resterons des témoins de l’Amour du Christ ! »

Monseigneur Michel Naaman est le vicaire de l’archevêché syriaque catholique de Homs.

Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ?

Nous sommes fatigués de cette guerre, mais déterminés à vivre et vous pouvez le voir dans les multiples reconstructions qui sont en cours ou achevées dans notre diocèse de Homs. Ils n’ont pas réussi à tuer notre espérance, même s’ils ont massacré notre pays.

Que s’est-il passé à Homs ?

Ça a commencé par des manifestations, mais ça s’est rapidement transformé en affrontements destructeurs. Le 26 février 2012, l’immense majorité des habitants a fui la ville. L’opposition armée est finalement entrée. Les chrétiens n’ont pas été directement visés, mais ils ont eu peur et, un mois plus tard, 85 % avaient quitté la ville. Pendant deux ans, le quartier chrétien du vieux Homs est donc resté presque vide, seulement habité par les opposants armés. Il ne restait qu’une centaine d’habitants qui vivaient autour du père Frantz. Ce jésuite est mort, assassiné dans le jardin de son couvent par des hommes cagoulés qui étaient simplement entrés pour le tuer. Difficile de comprendre leur combat, cet homme était un saint, il passait ses journées à s’occuper des plus pauvres et de ceux qui avaient choisi de rester.

Et vous, où étiez-vous ?

Au début, je suis resté, pensant qu’il me fallait être auprès de ceux qui habitaient encore à Homs. Rapidement, j’ai compris que j’étais inutile ici, alors que la majorité de nos fidèles avait fui. Alors, je suis allé les rejoindre, tout en continuant à venir régulièrement à Homs visiter les familles, jusqu’à ce qu’il ne me soit plus possible d’entrer. Le jour où l’opposition a décidé de fermer l’accès à la ville, j’ai travaillé à l’évacuation de ceux qui étaient encore à l’intérieur, en discutant à la fois avec l’opposition armée et le gouvernement.

Finalement, les rebelles sont partis ?

Le 6 mai 2014, l’évacuation des rebelles a commencé, pour notre plus grande joie. L’opposition a réclamé que nous, prêtres, les accompagnions pour être sûrs d’avoir la vie sauve. Nous l’avons fait, la ville a été libérée et les gens ont commencé à rentrer. Nous étions 125 000 chrétiens avant la guerre ; pendant la présence rebelle nous n’étions plus qu’une vingtaine… Aujourd’hui, 6 000 personnes sont rentrées. C’est un début timide, mais nous devons reconstruire pour que la vie reprenne réellement. Beaucoup veulent revenir, malgré l’hémorragie de nos jeunes qui nous brise le cœur.

Vous êtes aujourd’hui à Homs. Quelle espérance ?

Nous chrétiens, sommes au service de tous et le père Frantz en était un exemple évident. Il est devenu martyr, mais nous n’avons pas renoncé à notre idéal : nous resterons des témoins de l’Amour du Christ. En Syrie, personne ne savait qui était chrétien ou musulman avant cette guerre ; nous travaillions avec tous, avec tous les Syriens. Je veux aujourd’hui espérer la réconciliation, parce que c’est la condition de la paix et de la vie. Nous serons les derniers sur cette terre peut-être, mais nous y resterons.