« Nous sommes là pour rappeler le message de Jésus sur la Croix ! »

Le père Mokhlass est prêtre à la cathé­drale Notre­Dame du Perpétuel secours de Bagdad, et aumônier d’un camp de réfugiés chrétiens de Qaraqosh.

Vous êtes prêtre à Bagdad. Où trouvez-vous la force ?

Vous savez, ce pays est le nôtre et il est assez naturel pour nous d’y vivre, même si la situation est atroce et que la tentation du départ est immense. Beaucoup de gens partent et nous ne pouvons leur en vouloir, parce qu’il est vraiment devenu difficile de vivre, mais surtout d’espérer dans ce pays que nous aimons pourtant si fort. Mais il est également important que nous soyons justement chrétiens et Irakiens sur cette terre historiquement chrétienne. Nous vivons en paix avec une grande partie de la population, et nous vivons aussi de notre espérance : la paix.

Vous visitez régulièrement les réfugiés de Qaraqosh à Bagdad. Quelle est votre action à leurs côtés ?

L’Église tient auprès d’eux comme auprès de tous les fidèles un rôle spirituel et moral évidemment. Nous sommes là pour rassurer, consoler et encourager, autant qu’il est possible de le faire. Nous sommes aussi là pour rappeler le message de Jésus sur la Croix, souffrance la plus injuste qui soit. Mais l’Église est aussi réaliste et nous savons que nous ne pouvons nous contenter de ce sou¬tien spiri¬tuel auprès de gens qui ont tout perdu. Ils ont également besoin d’une aide matérielle. A¬lors nous déchargeons les parents des allers-retours à l’école, nous finançons l’électricité et le gaz dans le camp, nous aidons parfois aussi pour la nourriture…

Il y a aujourd’hui une offensive sur Mossoul… Quelle espérance ?

C’est évidemment une bonne nouvelle que nous attendions depuis des mois et nous ne pouvons que nous féliciter du fait que la coalition internationale prenne aujourd’hui les mo¬yens d’en finir avec cet État islamique qui terrorise la région et le monde entier. Mais l’incertitude reste très présente : que trouveront les réfugiés à leur retour ? Y aura-t-il seulement un retour ? La région est devenue extrêmement dangereuse, l’État islamique a miné les villages et beaucoup ont sans doute perdu leur maison ? Il est très difficile d’imaginer un retour immédiat sans argent, et d’être sûr que la situation sécuritaire sera satisfaisante. Il est en tout cas impossible d’envisager réellement un retour stable avant la libération de Mossoul et Dieu seul sait combien de temps cela prendra.

Quel est votre message ?

Nous essayons d’être sans cesse les disciples du Christ, et c’est ce qui préserve notre sourire. Lors-que nous aidons matériellement les familles qui nous sont confiées, nous nous rappelons de Jésus multipliant les pains et les poissons… Il ne s’est pas contenté d’un enseignement ; il a aussi nourri les foules. Jésus est présent dans chaque détail de la vie, du plus simple au plus élevé, et nous essayons d’en être des témoins fidèles. C’est sans doute ce qui nous fait vivre.