« Nous sommes venus dire que nous continuons à aimer… »

Le père Elias Zahlawi est le fondateur de la chorale syrienne « Coeur-Joie », créée voici 38 ans à Damas et qui revient pour la première fois à l’étranger, en France, depuis le début de la guerre.

Vous arrivez en France avec 130 choristes et musiciens… Comme avant la guerre ?

Les enfants de cette chorale parcouraient le monde avant la guerre, en effet, mais ils étaient cloués à Damas depuis cinq ans. Un vent de détestation s’est abattu sur la Syrie, il n’était plus possible de parcourir le monde pour chanter la paix, quelle ironie ! Mais nous sommes de retour, grâce à l’association SOS Chrétiens d’Orient, et c’est une joie indicible. Nous espérons évidemment que ce n’est que le début de la résurrection de la portée internationale de cette chorale.

Vous venez avec un message, j’imagine… Lequel ?

Nous sommes venus dire aux Français que nous rencontrerons que la Syrie est bien vivante. Regardez ces enfants, leurs chants, leurs sourires… Dieu sait si les gouvernements de vos pays nous ont fait mal, mais nous n’avons qu’un langage, celui de l’Amour. Nous continuons à aimer, et nous venons vous le dire, vous le montrer. Quoi de mieux que ces visages angéliques pour transmettre le désir de paix de notre pays martyr ?

Vous êtes l’aumônier et le fondateur de cette chorale. Quel est le message du prêtre syrien ?

Celui de l’espérance évidemment. Vous savez, nous sommes également venus vous dire que la menace qui détruit la Syrie est une menace pour le monde entier. Certains veulent aujourd’hui effacer la Syrie, mais le danger vous guette aussi. Alors il faut résister ; la Syrie résiste. Mon œuvre de résistance, c’est cette chorale, ce sont ces enfants qui viennent dire par leurs chants notre volonté de vivre, notre volonté de résister, notre volonté d’aimer. C’est l’unique objet de mon voyage en France, c’est également le seul message que j’ai : nous voulons la paix, tout simplement.

Il y a également quelques adultes avec vous…

Il y a d’abord la directrice de la chorale, Claudia Touma, une véritable magicienne ! Mais il y a également les musiciens. La majorité de ces derniers sont musulmans, figurez-vous, alors que les 114 enfants sont chrétiens. C’était déjà le cas avant la guerre. Nous savions vivre tous ensemble, les uns à côté des autres. Musulmans et chrétiens vivaient en paix avant la guerre ; ce ne sont pas seulement des mots. Aviez-vous remarqué que les chrétiens syriens n’émigraient pas ? Nous voulons aussi vous dire ce désir de préserver ce qui faisait la force de la Syrie, et qui continue à la faire malgré ces années de chemin de croix. Il y a 38 ans, lorsque j’ai créé cette chorale, elle était déjà multiconfessionnelle. Nous sommes tous Syriens, tous sans exception. C’est ensemble que nous avons voulu porter ce message de paix, d’espérance et d’unité qu’est le message chrétien, mais également ce cri en France : laissez vivre la Syrie !

Infos pratiques sur les concerts : http://www.soschretiensdorient.fr/coeur-joie