« Pendant cette guerre, les mamans sont nos soldats inconnus… »

Monseigneur Jeanbart est archevêque grec-melkite d’Alep.

Quelle est aujourd’hui la situation à Alep ?

Il y a beaucoup de changements internationaux au sujet de la Syrie, mais, concrètement, le quotidien est toujours invivable. L’eau et l’électricité sont toujours des denrées rares. L’insécurité est permanente et le découragement prend parfois le dessus. Beaucoup continuent à vouloir quitter la Syrie, malgré nos encouragements, malgré leur amour pour ce pays, malgré leur refus de voir gagner ces sauvages… Mais, beaucoup nous disent simplement qu’ils n’en peuvent plus.

Ils continuent à partir ?

Bien sûr, et c’est sans doute ce qui est le plus difficile pour un pasteur. Mais certains ont encore le courage de rester, et c’est en premier lieu vers eux que se tourne aujourd’hui mon action. Je n’en veux évidemment pas à ceux qui partent. Comment le pourrais-je étant donné la situation ? Mais mon attention va à ceux qui sont, aujourd’hui, à Alep. Nous nous sommes sentis abandonnés par le monde entier pendant cette guerre que des puissances étrangères ont menée contre la Syrie ; je veux que mes fidèles sentent au moins que leur archevêque ne les lâche pas !

Que trouvez-vous à dire à vos fidèles ?

Je m’efforce de prier pour eux et avec eux, bien sûr. Nous essayons également de leur offrir ce dont ils ont besoin afin de les aider à trouver des raisons concrètes d’espérer… Je n’ai qu’une idée en tête, permettre à mes fidèles d’être heureux, malgré la guerre. Récemment, nous avons reçu l’aide de SOS Chrétiens d’Orient, et donc de nombreux Français : c’est grâce à votre générosité que de nombreux chrétiens sentent un peu de réconfort, et reprennent parfois courage… Lorsqu’on est aidé par des Français, on se sent moins oublié. Vous savez, nous avons beaucoup souffert d’être abandonnés du monde entier, alors que nous vivons encerclés par des monstres depuis des années maintenant.

Avez-vous des projets particuliers pour Noël ?

Noël est la fête de l’espérance ; elle doit être belle, joyeuse, et montrer au monde que la Lumière luit plus fort encore au milieu des ténèbres. Cette année encore, je voudrais faire quelque chose de spécial pour les mamans qui sont des piliers absolument indispensables pendant cette guerre !

Pourquoi les mamans en particulier ?

En Orient, les femmes sont souvent oubliées. Les mamans qui ont des enfants en bas âge n’ont pas la reconnaissance qu’elles devraient avoir, a fortiori pendant ces temps très difficiles. Elles s’occupent de nos enfants jour et nuit. Pendant cette guerre, elles sont nos soldats inconnus, celles qui adoucissent le quotidien, qui accomplissent tant de travail en silence… Depuis neuf ans, j’honore les mamans chaque année à Noël. Cette année encore, je le ferai ! Les temps sont durs et cette fête coûte de l’argent mais j’ai décidé de la maintenir : ces femmes ont besoin d’être encouragées malgré leur quotidien angoissant.