« Priez et joignez votre cri au nôtre : ça suffit ! »

Quelle est la situation à Alep, ces jours-ci ?
La situation est la même que depuis de trop longs mois. Mais nous sentons une tension grandissante autour de la ville. Nous avons, par ailleurs, reçu plusieurs obus ces derniers jours, sur des quartiers chrétiens comme musulmans, mais sans présence de l’armée… Ce sont des civils que les islamistes visent avec leurs obus. Ce sont nos vies qu’ils détruisent.

Avez-vous peur, Monseigneur ?
Nous avons peur bien sûr, et nous regardons avec inquiétude ce que l’État islamique a fait à Mossoul, Raqqa et maintenant Palmyre… Comment ne pas avoir peur que cela nous arrive un jour ? Mais je suis surtout empli d’espérance : je sais que Jésus-Christ ne nous laissera jamais tomber. Ce n’est pas un souhait, c’est une certitude. Il est évident que mes fidèles craignent, que nous craignons tous, que l’État islamique s’infiltre à Alep. Mais ils n’y sont pas parvenus depuis 4 ans de guerre ; comment ne pas y voir une protection divine pour le petit troupeau chrétien d’Alep ! En revanche, je souffre. Je souffre de voir beaucoup de gens quitter Alep, ou se préparer à quitter la ville. Et je souffre plus particulièrement encore de voir les chrétiens le faire. C’est le plus dur pour un pasteur qui est persuadé que nous avons ici une mission.
Il faut absolument que l’Église reste pour témoigner sur cette terre qui a vu les premiers chrétiens évangéliser. Notre terre est sainte, irriguée par le sang de millions de martyrs… Notre histoire est sainte et le peuple chrétien de Syrie n’a cessé, dans cette histoire, d’offrir sa vie pour l’Amour de Dieu…
Je prie chaque jour pour les chrétiens, pour que nous trouvions tous la force de rester ici, et la sagesse de faire ce que Dieu attend de nous.
C’est la raison pour laquelle vous êtes resté à Alep malgré la menace ?
Bien sûr ! Je suis responsable et je dois être auprès de mon peuple. Comment pourrais-je leur demander de rester et de mener cette mission, si je quitte le pays ? Je demande chaque jour le courage de rester jusqu’au bout et l’humilité aussi, si Dieu veut, de partir si cela est un jour nécessaire.

Vous avez récemment adressé un appel à la France. Qu’attendez-vous de nous ?
Que les chrétiens prient sans cesse pour que nous ayons la force… Et que tous les hommes de bonne volonté joignent leurs cris au nôtre pour dire à vos dirigeants : ça suffit ! Vous appartenez à la nation française et cette attitude n’est pas digne de la France. Je suis d’accord avec la volonté de réforme, de liberté, de démocratie pour la Syrie, mais nous n’avons que des destructions et des morts ! Il faut trouver une solution politique avec les acteurs concernés. Les étrangers n’ont pas leur place ici, ni dans cette guerre ni dans les décisions qui concernent notre avenir ! Si vos dirigeants veulent aider le peuple syrien, ils sont les bienvenus. S’ils continuent à provoquer la mort de nos hommes et le départ des chrétiens, nous n’accepterons jamais.