« Puissions-nous reconstruire nos églises et y prier de nouveau ! »

Zeina Merjaneh est une magnifique jeune mère de famille originaire d’Alep et réfugiée en France en raison de la guerre qui sévit dans son pays. Dimanche 6 mars, elle a rejoint les 1 300 personnes qui couraient le semi-marathon de Paris pour les chrétiens d’Alep, à l’appel de l’association SOS Chrétiens d’Orient.

1 300 Français ont décidé ce dimanche de courir pour les chrétiens d’Orient. Vous êtes originaire d’Alep, réfugiée en France… Pourquoi les avez-vous rejoints dans ce défi ?

Il était incontournable que je sois parmi eux aujourd’hui, je dois être la première à chausser mes baskets pour courir pour ma ville évidemment… Je me sens heureuse, aujourd’hui, au milieu d’eux. Mais ce sentiment est partagé : je suis triste aussi, que nous courions aujourd’hui, cette année, parce qu’Alep souffre le martyre… Pour moi, Alep reste la plus belle ville du monde, mais malheureusement défigurée par la guerre. Aujourd’hui, nous, Alepins, sommes persécutés. J’espère que cette course permettra de donner un peu de courage à tous ceux qui sont là-bas. J’espère que les efforts de ces jeunes offerts pour Alep nous donneront la force de rester, de reconstruire nos églises, de reprier un jour dedans. Je suis très fière d’être une chrétienne d’Alep, et je prie pour rester une chrétienne d’Alep à jamais.

Quel est votre sentiment devant ces 1 300 jeunes Français qui courent pour les chrétiens d’Alep ?

Cela me touche énormément. Je les remercie tous de tout coeur.

On a vu des Alepins poster des photos depuis votre ville natale pour encourager les coureurs… Vous avez de la famille là-bas. Est-ce qu’Alep voit ce que ces jeunes font pour elle ?

Évidemment qu’Alep nous regarde aujourd’hui, mais elle demande aussi qu’on la regarde. Elle a besoin de nous, de notre aide, de nos prières, de notre soutien. La communauté chrétienne d’Alep a besoin qu’on l’aide à rester à Alep par tous les moyens possibles. C’est la raison pour laquelle je cours aujourd’hui avec SOS Chrétiens d’Orient ; c’est exactement ce que fait cette association. Nous n’espérons pas autre chose que vivre chez nous et prier dans nos églises…

Comment imaginez-vous l’avenir ?

Lorsque j’étais petite, on m’a appris la culture française, on m’a parlé en français… J’ai des enfants, et lorsque les bombes ont commencé à tomber à proximité de leur école, j’ai décidé de me réfugier en France. Mon mari m’a rejoint quelques mois plus tard, lorsqu’il était devenu impossible de sauver son usine. Mais je ne veux pas être réfugiée, et je ne veux pas imaginer mon avenir ailleurs qu’à Alep en réalité. C’est l’idée de rentrer un jour dans mon pays pacifié qui me fait tenir…

Aujourd’hui, quelle espérance ?

Votre prière, ces coureurs, cette amitié qui continue à exister malgré tout entre certains Français et mon pays. Ce qui me permet de vivre, c’est justement l’espérance.