« Quand la terre est devenue un enfer, votre désir du Ciel est toujours plus grand ! »

Dana est une jeune Aleppine, restée dans cette ville vivement éprouvée depuis le début de la guerre.

Alep est en permanence évoquée dans les médias occidentaux. Quelle est la situation sur place ?

Alep souffre le martyr et vous qui prenez souvent des nouvelles savez que ce n’est pas nouveau.
Mais il est vrai que nous continuons à souffrir de la partialité des médias qui évoquent le calvaire d’Alep et sans jamais parler du nôtre qui dure pourtant depuis 4 ans et qui touche une population civile qui n’a pas même les capacités de riposter.
Nous souffrons de tous les affres de la guerre sans la comprendre et sachant bien qu’aucun d’entre nous n’a voulu cela et que tous souhaitent que ça s’arrête enfin.

Mais de l’autre côté aussi, il y a des civils…

Bien sûr, et c’est pourquoi nous appelons de nos vœux la fin de cette guerre, ils ne méritent pas plus que nous de mourir.
Mais il faut aussi comprendre que dans Alep Est contrairement à Alep Ouest, il y a aussi, parmi les civils, des hommes armés qui combattent et qui envoient sur nous des roquettes, missiles, bonbonnes de gaz…
Nous ne ripostons jamais, parce que nous n’en avons ni les moyens ni le désir.
Ces terroristes massacrent finalement les civils des deux côtés d’Alep : ici en nous visant ; de l’autre côté en les prenant en otage.
Il est temps pour les Occidentaux d’ouvrir les yeux sur une tragédie qui n’a que trop duré.

Comment trouvez-vous la force de continuer à vivre ?

C’est une question qu’on ne se pose pas : on vit et c’est tout.
Honnêtement, c’est de plus en plus difficile, parce que nous perdons espoir, que nous voyons, jour après jour, notre ville devenir l’enfer sur terre, que nos familles sont toutes endeuillées et que nous peinons à imaginer une sortie de cette guerre interminable.
Nous avons la chance de croire en Dieu et nous savons qu’Il est bien le seul à ne pas nous abandonner.
Il envoie d’ailleurs de belles âmes sur notre route, des soutiens du monde entier…
Mais il faudrait maintenant que les gouvernants de toutes ces puissances cessent de prendre notre pays pour un terrain de jeu et nous laissent enfin vivre.
Le plus insupportable est d’entendre que certains continuent à mentir en prétendant agir en Syrie pour le bien des Syriens : je le répète, nous n’avons jamais voulu cette guerre, pas plus que les civils d’Alep Est sans doute, et nous n’avons qu’une réclamation, qu’elle cesse immédiatement.

Vous avez totalement perdu espoir ?

L’espoir, c’est certain. Il nous reste l’espérance, et nous voulons continuer à croire, envers et contre tout, parce que notre foi est notre seule consolation. Ce ne sont pas des paroles en l’air, croyez-moi : quand la terre est devenue un Enfer, votre désir du Ciel est toujours plus grand.