« Que l’Occident stoppe les flux d’argent, d’armes et de djihadistes dans mon pays ! »

Quelle est la situation aujourd’hui à Alep ?
Militairement, la situation est inchangée du côté de l’armée syrienne, mais nous constatons que les « rebelles » utilisent du matériel plus sophistiqué et plus destructeur depuis quelques semaines. Le 26 avril, ces islamistes ont attaqué le quartier chrétien de Jdeideh à l’explosif, mais l’armée syrienne a réussi à les repousser. Dès lundi, la vie était redevenue plus paisible, même si nous recevons chaque jour des obus de ces quartiers tenus par des brigades armées. À Pâques, les quartiers chrétiens de la vieille ville avaient également reçu une nouvelle sorte d’obus très puissants : l’un d’entre eux a détruit trois immeubles à la fois. Ces armes viennent d’Occident, c’est une certitude. Les deux cathédrales maronite et grecque melkite ont été très gravement endommagées et les habitants ont massivement quitté ces quartiers dans lesquels ils n’étaient déjà plus très nombreux. Les chrétiens comme les musulmans se sentent terriblement menacés par cette présence islamiste autour de la ville. Quatre ans de guerre suffisent, il faut vraiment que cela cesse ; les Aleppins comme tous les Syriens sont épuisés…

Vous avez récemment rédigé un appel à l’attention de l’Occident. Pourquoi ?
C’est un cri qui vient du fond du cœur et que j’ai rédigé depuis Alep. Il est temps que cet¬te guerre atroce cesse et l’Occident a un rôle immense à jouer. La semaine dernière, 15 000 djihadistes seraient encore entrés par la frontière turque. L’Occident doit faire pression sur la Turquie pour qu’elle bloque ses frontières. Ce qui se passe dans mon pays est une violation des valeurs humaines sous une couverture politique des grands États qui prétendent vouloir la protection des Droits de l’Homme. Les trop nombreux morts et blessés ne sont pour rien dans le jeu des nations ! Il faut que les Français le sachent : c’est le terrorisme qui règne dans mon pays. Il est temps de cesser cette politique de double mesure. Certains considèrent, pour garder leurs intérêts, que l’État Islamique et ses sœurs en Irak et partout dans le monde consti¬tuent le terrorisme contre lequel on doit lutter, mais en Syrie, ils ne parlent que d’opposition modérée. Les Sy¬riens subissent pourtant les mêmes injustices que toutes les victimes de terrorisme !

Qu’attendez-vous de l’Occident ?
Ce cri s’adresse à tous ceux qui ont une conscience vivante et je crois qu’ils sont nombreux : arrêtez ce jeu absurde de mort et de destruction en Syrie et dites la vérité. Que l’Occident cesse les afflux d’argent, d’armes et de terroristes dans mon pays. Il est temps de soutenir une solution politique. La voix de la diplomatie doit prendre le pas sur celle des armes pour que la Syrie retrouve la stabilité. Que l’Occident laisse les Syriens choisir leur avenir, ils savent mieux que tous ces États étrangers ce qu’ils veulent. Ils choisissent la vie contre la mort depuis quatre ans ; il est temps qu’ils puissent enfin retrouver la paix.