« Tenez-vous écartés de nos pays où vous semez la terreur ! »

Joseph [prénom changé par souci de sécurité] est un père de famille syrien originaire de Sednaya, petit village chrétien.

Votre village a été approché par l’État islamique. Mais avez-vous été touchés ?

Nous nous sommes battus immédiatement, et ceux qui faisaient déjà partie de la garde nationale ont entraîné les plus jeunes. Résultat : les islamistes n’ont pas pu entrer chez nous. Nous sommes chrétiens et nous n’adopterons jamais certaines pratiques abominables de ces sauvages, mais nous nous défendrons. Il est hors de question que nous laissions ces malades prendre nos terres, alors que nous sommes là depuis 2000 ans ! Il y a cinq ans déjà, le monde entier annonçait la chute de la Syrie, elle est toujours debout.

Ne serait-ce pas plus simple de partir et de vivre paisiblement, enfin ?

Où voulez-vous que nous allions vivre paisiblement ? Il ne me semble pas que vos pays soient si paisibles que cela… Ensuite, nous sommes ici chez nous et nous ne serons jamais aussi heureux qu’ici.

Qu’espérez-vous aujourd’hui ?

La paix… Mais également la justice. Il y a de très nombreux acteurs dans cette guerre. Les islamistes qui massacrent, bien sûr, mais également toutes ces puissances qui interviennent dans ce conflit. Je n’appelle certainement pas à la vengeance, mais à la justice. Il n’est pas normal que le monde soit régulièrement ensanglanté par les délires économiques de quelques puissants jamais punis. Lorsque je pense à la justice du Ciel, je préfère mon quotidien douloureux à leurs trahisons criminelles. Ma conscience est propre, je n’ai fait que défendre les miens, mon village et mon pays. Vous me demandez ce que j’espère, je vais vous répondre plutôt en quoi ou en qui j’espère : en Dieu, et en personne d’autre.

On dit souvent que les chrétiens soutiennent le gouvernement. Vous n’espérez rien de ce côté-là ?

Si, mais je ne place pas mon espérance dans ce gouvernement, qui n’est pas irréprochable puisque composé d’hommes et de femmes. Les chrétiens ont toujours eu l’habitude de ne pas s’engager dans les débats politiques ici ; nous tentons simplement de vivre selon l’Évangile. Mais nous sommes réalistes : pour nous, comme pour beaucoup de Syriens, c’est Bachar el Assad ou la mort et l’exil. Ce n’est pas un choix, c’est une évidente nécessité.

Et qu’attendez-vous de nous ?

Qui est ce « nous » ? Si c’est la France comme pays, j’attends des excuses de vos dirigeants et une politique très claire en faveur de la paix, une promesse de vous tenir écartés de nos pays où vous semez la terreur. Si ce « nous » désigne les Français, je n’attends rien… Je vous remercie pour le soutien que nous connaissons. Nous savons que les peuples ne sont pas leurs dirigeants. Priez bien sûr, pour nous comme pour vous, et continuez à exiger des paroles et des actes de vérité de votre gouvernement. Vous qui n’avez que la liberté à la bouche ; souvenez-vous que seule la vérité rend libre !