« Un jour viendra où tous les hommes de bonne volonté seront consolés… »

Dana est une jeune Damascène chrétienne.

Il y a encore eu 40 morts à Damas ce week-end… La guerre n’est donc pas finie ?
Oui, des pèlerins chiites ont été assassinés, il y a quelques jours, dans notre ville pourtant sécurisée.

Non, en effet, la guerre n’est pas finie et nous ne cessons pas de souffrir parce que vous cessez d’en parler, malheureusement.

Notre pays vit un calvaire interminable et, même s’il y a de véritables bonnes nouvelles, nous ne sommes pas débarrassés de ces attentats si meurtriers, mais également si difficiles à prévoir.

Il existe dans notre pays des monstres déterminés à le détruire jusqu’à ce qu’il plie.

C’est un mauvais calcul : après six ans, nous savons désormais que nous sommes plus forts que cette menace et que nous n’abandonnerons notre pays pour rien au monde.


« Nous », ce sont les Syriens ?
Oui, bien sûr.

Je suis chrétienne et nous avons beaucoup souffert pendant cette guerre, mais pas principalement parce que nous étions chrétiens, surtout parce que nous étions Syriens.

La meilleure preuve est que cet attentat terrible du week-end dernier – et qui n’est pas le premier – visait la communauté chiite et non la communauté chrétienne.

Les chiites eux aussi, tout comme les Alaouites, paient le prix fort de cette guerre.

En définitive, cela nous montre bien que c’est la Syrie tout entière qui souffre et, lorsque nous chrétiens avons été visés, j’ai eu des témoignages de soutien et de sympathie de la part de toutes les communautés du pays, sans exception.

Tous les Syriens ont perdu un proche, leur travail, leur maison… Et tous ont vu leur pays s’affaiblir. Cela nous a assez ironiquement unis plus qu’autre chose en réalité.

Nous entendons parfois une vision très religieuse du conflit et ce n’est vraiment pas juste, ni conforme à la réalité.

Il y a, bien entendu, des revendications religieuses de la part des sunnites radicaux qui forment “l’opposition”, mais le pays est majoritairement sunnite, et pourtant majoritairement opposé à ces fous furieux.

Nous sommes Syriens et c’est sans doute notre force dans cette guerre, et la raison pour laquelle ils ne la gagneront pas.


Qu’espérez-vous encore ?
La paix. Que vous répondre d’autre ?

Cette guerre nous semble interminable, mais d’autres conflits ont été plus longs encore, à commencer par celui de nos voisins libanais.

J’espère de tout mon cœur la fin de ces horreurs chaque jour.

En attendant, nous menons notre vie avec la mort qui nous côtoie, et nous lui découvrons un sens nouveau, peut-être plus précieux encore.

Mon espérance, ensuite, vient de Dieu et je sais que ses voies sont parfois impénétrables… Mais je Lui fais confiance, et j’avance ainsi.

Un jour viendra où tous les hommes de bonne volonté seront consolés, je le sais.