Aider les chrétiens d’Orient à revenir durablement sur leurs terres

Quelle est votre stratégie pour que les autorités internationales commencent à œuvrer réellement afin de soutenir les chrétiens d’Orient ?
La CHREDO a été créée en 2013. Aujourd’hui, 140 députés et sénateurs en sont membres de la CHREDO. Il faut avouer que Laurent Fabius a eu un rôle moteur pour le développement de notre action, notamment en soutenant la création du Groupe d’étude parlementaire pour les chrétiens d’Orient, que nous sommes en train de constituer au Sénat. Il a même fait preuve d’une véritable sensibilité personnelle pour la question.

Vous souhaitez aider les chrétiens à retourner sur leurs terres. Comment voyez-vous les associations qui œuvrent, à l’inverse, pour accueillir les chrétiens Irakiens et Syriens en France ?
Il faut aller plus loin que l’aide internationale classique. Celle-ci ne permet pas aux chrétiens de revenir durablement sur leurs terres, de reconstruire les églises, etc. De plus, lorsque les chrétiens sont obligés de quitter leur pays, ils ne reviennent pas. C’est mon expérience propre : ceux qui partent restent souvent dans le pays qui les a accueillis. Mais quel de quel droit peut-on donner des leçons de morale à ces gens qui ont souvent tout perdu ? Les associations qui aident à l’accueil des chrétiens réfugiés en France – et dont certaines font partie de la CHREDO – ont raison de le faire, pour aider les cas extrêmes. Mais notre rôle, plus politique, consiste à mobiliser les énergies pour que, jamais, l’Orient ne perde ses chrétiens. Ce serait une perte mémorielle terrible, et l’Orient, sans les chrétiens, se renfermerait et se perdrait. Ce n’est que lors de notre dernier rendez-vous, que Laurent Fabius a accepté de créer un fonds spécifique d’aide au retour des chrétiens d’Orient sur leurs terres d’origine, et d’en parler à l’ONU. La prochaine étape sera de convoquer une conférence des donateurs et de débloquer concrètement cette aide au retour.

Vous avez déposé une plainte devant la Cour Pénale Internationale pour reconnaître le génocide et les crimes contre l’humanité envers les chrétiens d’Orient. Comment cette plainte pourrait-elle débloquer la situation ?
En mars 2014, Laurent Fabius nous affirmait qu’une telle plainte n’aboutirait pas. Les choses ont changé, mais les étapes sont nombreuses pour que la plainte aboutisse. C’est ici une politique des petits pas.
Nous avons demandé une session spéciale consacrée aux chrétiens d’Irak et de Syrie auprès du Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies. Le 11 septembre 2014, il a accepté d’instruire notre plainte. Deuxième étape, le 30 janvier 2015 : le bureau du procureur procède à l’analyse de la plainte. Nous sommes donc en période d’instruction. La troi¬siè¬me étape, c’est l’enquête proprement dite, qui pourra aboutir à la mise en place d’un tribunal pénal international. Le message serait fort. Premièrement, ceux qui ont participé directement ou indirectement à ce génocide seront jugés. On inversera la charge de la preuve, par exemple pour les djihadistes qui reviennent en France, et qui affirment qu’ils n’ont rien fait. Deuxièmement, l’enquête permettra de mettre à jour les complicités, les aides et ceux qui financent ce génocide. C’est le véritable défi pour nous.