Alep : « Pas d’eau, pas d’électricité et une ville coupée en deux ! »

Sœur Anne-Marie est l’une des religieuses de Saint Joseph de l’apparition qui s’occupent de l’hôpital Saint Louis, à Alep, en Syrie.

 

Quelle est la situation à Alep ?

Alep est devenue depuis le début de cette guerre le nouveau Berlin sans que personne ne s’en offusque…

La ville est coupée en deux, toute la partie est aux mains des « rebelles » qui contrôlent également les centrales d’eau et d’électricité de la ville et qui en privent d’ailleurs régulièrement les 3 millions d’aleppins…

La situation est difficile parce que les chrétiens partent, ils ont peur qu’Alep soit totalement encerclée par ces groupes armés puisqu’il n’y a plus qu’une seule route qui relie notre ville au reste du pays… Tout le reste est occupé, au total par 14 groupes armés différents !

Tous les aleppins souffrent de cette situation, des obus tombent tous les jours de ce côté ouest de la ville, c’est un cauchemar ! Les chrétiens ont peut-être encore plus peur que les autres parce que si la ville tombe, ils pourront être visés en tant que chrétiens…

Mais c’est également la situation économique qui est dramatique, beaucoup de gens ont perdu leur travail, et tentent de survivre en vendant ce qu’ils peuvent dans la rue.

L’hémorragie est terrible, beaucoup sont déjà partis…

 

Votre hôpital doit être surchargé ?

Nous avons beaucoup de travail parce que les blessés sont nombreux ! Mais nous avons aussi beaucoup de mal à faire tourner cet hôpital à cause des restrictions d’eau et d’électricité !

Cet été nous avons deux grosses coupures d’eau : 19 puis 86 jours… A Noël nous avons également eu 10 jours sans eau du tout.

Des puits ont été creusés dans la ville mais ils couvrent à peine 30% des besoins des aleppins ! Dieu merci, nous avons nous-même un puits dans l’hôpital qui nous permet d’avoir ce qu’il faut.

Mais la question de l’électricité est beaucoup plus ennuyeuse : depuis six mois, nous avons deux heures d’électricité par jour, en général la nuit et jamais à heure fixe !

Juste après Noël, nous avons eu 10 jours sans électricité du tout…

Nous faisons donc fonctionner l’hôpital grâce à des générateurs, mais ces derniers marchent avec de l’essence et il est devenu quasiment impossible d’en trouver !

L’approvisionnement est difficile vers Alep, mais c’est surtout à cause des sanctions internationales prises contre la Syrie qui se répercutent évidemment sur le peuple Syrien déjà très éprouvé par la guerre…

Début janvier, trois personnes sont mortes dans l’hôpital public qui jouxte le notre, elles étaient sous respiration artificielle et l’hôpital n’avait plus d’essence pour mettre le générateur en route…

Sans compter que lorsque l’on arrive à la trouver, l’essence est hors de prix ! Nous avons besoin de 1000 litres par jour pour faire tourner notre générateur principal, le litre est désormais à 155 livres syriennes alors qu’il ne dépassait pas 20 livres syriennes avant la guerre !

 

Beaucoup d’hôpitaux publics sont fermés à cause de la guerre, les gens viennent-ils chez vous ?

Ils n’ont pas le choix !

Nous pratiquons des prix très réduits, tant que nous pouvons, et les médecins offrent de très nombreux soins.

Mais le problème n’est pas que financier, certains aleppins peinent également à rejoindre l’hôpital.

Nous avons récemment eu le cas d’une famille qui nous a appelé dans la nuit, il devait être 1h du matin, nous leur avons dit de venir. Ils habitent dans la partie est de la ville et il est impossible de traverser… Au lieu de mettre une heure à peine, ils sont arrivés à 16h !

 

Qu’espérez-vous ?

La paix bien entendu, comme tous les Syriens je crois !

Mais nous aimerions également que vos médias disent la vérité sur la situation en Syrie, nous sommes attaqués de toutes parts par ces djihadistes alors que nous ne voulons que la paix !

Alors il faut prier, sans cesse.

Priez pour nous et pour nos malades !

Priez aussi pour les chrétiens qui quittent massivement leur propre terre…