Asia Bibi : ajournement sine die de son appel à la Cour suprême

Cette journée du jeudi 13 octobre restera dans l’Histoire comme une date funeste pour le système judiciaire pakistanais. Elle aurait dû être celle de la manifestation de la justice et ne fut que celle de la trouille des juges. La “justice” est aux mains de la rue islamiste et une prisonnière chrétienne innocente, Asia Bibi, la subit depuis sept longues années. Aussi désarmés que nous soyons, il nous reste pourtant la prière et l’invocation du psal¬miste au Tout-Puissant doit sans cesse être à nos lèvres : « Que monte en ta présence la plainte du captif ! Ton bras est fort : épargne ceux qui doivent mourir » (Ps 78, 11). Voici les réactions à chaud de la British Pakistani Christian Association (BPCA) d’Angleterre.

L’audience d’appel d’Asia Bibi devant la Cour suprême a été ajournée sine die, le juge Iqbal Hameed ur Rahman, un des trois membres de la Cour suprême devant siéger à cette audience, s’étant récusé […] Le juge Iqbal Hameed ur Rahman a déclaré : « J’étais membre du tribunal qui a eu à entendre l’affaire Salman Taseer [gouverneur musulman du Pendjab assassiné par un de ses gardes du corps musulman pour avoir défendu Asia Bibi et contesté la loi sur le blasphème], or cette nouvelle affaire est liée à la précédente » […]

Saif ul Malook, avocat [musulman] représentant Asia Bibi a contesté l’ajournement, mais son objection a été rejetée et le tribunal a refusé d’entendre son argumentation. Asia Bibi n’était pas présente à l’audience pour des raisons de sécurité, mais on a pu y voir son mari, Ashiq Masih, visiblement tendu tout au long de l’audience […]

Le dispositif de sécurité autour de la Cour suprême était à son plus haut niveau, et le public ne fut pas autorisé à entrer dans la salle d’audience.
Un responsable de la BPCA, journaliste accrédité, nous a déclaré : « J’étais présent à l’audience et il n’a fallu qu’une ou deux minutes pour apprendre qu’elle était ajournée. J’ai regardé Ashiq Masih et j’ai pu voir de l’angoisse et de la colère dans son regard. En quittant la cour il était visiblement bouleversé par ce nouvel ajournement dans la trop longue saga judiciaire d’Asia Bibi. J’ai été moi-même très déçu du fait que la raison de cet ajournement est très inhabituelle, et en songeant que pour Asia Bibi ce serait un nouveau et terrible coup à sa confiance ».

Wilson Chaudhry [président de la BPCA et qui se trouvait en Australie au moment des faits, cf. Christianophobie hebdo n° 89] a exprimé sa déception :
« Asia Bibi est la victime d’un nouvel ajournement de ses tentatives d’obtenir justice contre une accusation fabriquée de blasphème qui la rend prisonnière et en isolement depuis sept années. Tout au long de cette interminable saga judiciaire, elle est demeurée inébranlable et fidèle à sa foi croyant fermement que Dieu lui obtiendrait sa liberté. Toutefois, chacun de ces ajournements – il y en eut cinq lors de son appel devant la Haute cour, qui se termina par un échec – une partie de son courage s’effrita visiblement. Cette dernière débâcle prouve que la Cour suprême si vantée, n’est pas à l’abri des pressions sociétales, culturelles et politiques, et cela montre que la justice ne sera pas aussi facile à obtenir qu’on l’espérait, de la part de juges apeurés. Sans la disculpation d’Asia Bibi que le monde entier attend du système judiciaire défaillant au Pakistan, le seul espoir résidera dans la grâce présidentielle. Aucun président ne l’a accordée jusqu’à présent et il faudra que le président Mamnoon Hussain soit très coura¬geux pour l’accorder [en raison du] climat actuel d’extrémisme qui est répandu dans toute la société pakistanaise. L’intolérance a été nourrie par la haine inculquée dans le système éducatif du pays. C’est un échec politique que le fondamentalisme ait pu prendre en otage la nation du Pakistan, mais les hommes politiques pakistanais auront-ils assez de courage pour prendre la bonne décision en vue d’un changement [dans le pays] et réparer leurs torts en libérant l’infortunée Asia Bibi ? »

Source : BPCA – CH pour la traduction.