« Au Nord-Soudan, l’esclavage des enfants chrétiens reste une réalité ! »

Le père Antonio Fernandez est prêtre trinitaire au Soudan, il était de passage en France à l’occasion de la Nuit des Témoins organisée chaque année par l’Aide à l’Église en Détresse (AED).

Quelle est votre vocation en tant que trinitaire ?

L’ordre a été créé pour venir en aide aux chrétiens persécutés et particulièrement pour aider au rachat des chrétiens vendus par des musulmans sur les marchés d’esclaves. C’est ce que nous faisons donc au Soudan.

Comment procédez-vous ?

Il nous est interdit de nous installer en tant que religieux au Nord-Soudan évidemment ; nous entrons donc illégalement ou légalement pour des raisons différentes. Pour le rachat des esclaves, nous entrons après avoir pris contact avec les mercenaires qui vendent ces enfants. Nous sommes obligés de le faire illégalement. Une fois sur place, nous nous rendons sur les marchés et rachetons ces enfants, qui sont vendus environ 300 euros.

Qui sont ces enfants ?

Ce sont systématiquement des enfants du Sud-Soudan, c’est-à-dire à la peau noire (contrairement aux habitants du Nord qui sont arabes) et non-musulmans. Au Nord-Soudan, tous les Noirs que nous voyons sont tous des esclaves, puisqu’aucun habitant n’a la peau noire dans le pays. C’est à cela que nous savons que l’esclavage est toujours d’actualité dans cette région. C’est une pratique courante dans les pays musulmans, et certains des enfants enlevés sont même envoyés en Arabie Saoudite pour y être vendus.

Les rendez-vous à leurs familles ?

Quand elles existent, bien sûr ! Mais la plupart du temps, ces enfants n’ont plus de famille. Les soldats sont entrés au Sud-Soudan, ils ont en général tué le père, emporté la femme et vendu les enfants… Nous avons donc plusieurs orphelinats dans lesquels grandissent ces enfants. Notre but est de le permettre de retrouver la liberté et de pouvoir grandir dans leur propre pays.

D’autres organismes aident-ils au rachat d’esclaves ?

Il y a une organisation suisse qui vient de temps en temps et avec laquelle nous travaillons, mais je crois que c’est tout. Il faut comprendre qu’aucune organisation internationale n’était présente au Sud-Soudan pendant la guerre : il n’y avait pas de gouvernement et il était donc impossible d’obtenir un visa. Seule l’Église prenait le risque d’envoyer des missionnaires qui entraient illégalement, pour aider la population. C’est d’ailleurs ce qui a permis aux habitants du Nord-Soudan de venir enlever tant de gens pour les revendre ensuite aux seigneurs musulmans.

La situation est-elle meilleure aujourd’hui ?

Il y a un peu moins d’enlèvements oui, parce que la présence d’ONG les rend très difficiles pour les soldats du nord. Mais il reste encore des chrétiens ou des animistes à vendre sur les marchés. Les garçons sont achetés pour faire les travaux ou aller aux champs, les jeunes filles pour devenir les concubines des musulmans…