« Chrétiens de France, n’abandonnez pas la foi ! »

Sœur Lika est religieuse en Irak, originaire de Qaraqosh, village de la plaine de Ninive
investi par l’État islamique le 6 août 2014.

Vous vivez aujourd’hui au Kurdistan. Comment s’est passée votre fuite?

À cinq heures du matin, nous avons été réveillés au son des canons. Les familles effrayées ont alors commencé à quitter la ville. Nous avons décidé de rester tant que des habitants seraient encore présents. Vers 10 h 30 le soir, la responsable de notre couvent a demandé à notre mère supérieure de quitter la ville. L’État islamique approchait alors dangereusement et il était impensable de rester plus longtemps. De Qaraqosh à Erbil, nous mettions une heure et demie en voiture. Ce jour-là, nous avons mis 10 heures et demie en raison de l’affluence sur la route.

Restait-il des personnes dans le village ?

Certains sont restés jusqu’au matin, mais il leur a alors été impossible de fuir. Les terroristes sont arrivés. Une femme avait avec elle une petite fille de 3 ans, elle a voulu quitter le village, mais l’État islamique n’a pas accepté : ils ont pris la fillette et laissé la femme repartir seule… Ces djihadistes répétaient sans cesse que les chrétiens ne devaient pas rester vivants parce qu’ils sont incroyants.

Ces familles sont encore sur place ?

Nous n’avons aucune nouvelle.

Comment s’est passée votre installation au Kurdistan ?

Au début, il y avait tellement de monde que les familles se sont installées dans les écoles, les églises, les jardins publics… Nous, dominicaines, avons décidé de nous mettre au service de la population pour cultiver le peu d’espérance qui restait. Beaucoup de gens ont décidé de quitter le pays, incapables d’imaginer un avenir pour eux-mêmes et leurs enfants. Les chrétiens n’ont plus confiance dans le voisinage des musulmans, parce que la majorité d’entre eux ont aidé l’État islamique à expulser les chrétiens…

Quelle espérance aujourd’hui alors ?

Nous tentons de donner un peu d’espérance à nos fidèles. Nous avons monté une école gratuite et des jardins pour les tout petits enfants. Cela ne semble rien, mais c’est un tout petit espoir déjà. Nous organisons aussi des soirées de prières et de chants… Nous essayons tout ce que nous pouvons pour adoucir les cœurs parfois emplis de haine. Certains ont réussi à pardonner aux combattants de l’État islamique, pas de manière humaine mais uniquement divine.

Avez-vous un message pour les Français ?

Aux chrétiens, je veux dire : n’abandonnez pas la foi. Des chrétiens meurent dans le monde pour rester fidèles et nous avons besoin de votre force pour continuer à espérer. Seule la foi donne l’espérance. À vos gouvernants, que dire ? Rien n’a été fait de sérieux pour détruire l’État islamique. Nous avons l’impression d’être abandonnés de tous. La passion de notre peuple laisse vos gouvernants indifférents… Il faut agir maintenant.