« Chrétiens d’Égypte : un formidable témoignage d’espérance ! »

Charles de Meyer est le président de SOS Chrétiens d’Orient et se trouvait en Égypte pour suivre la visite du pape François.

Dans quel contexte arrivait le Pape ?
Il était très attendu. L’Égypte a connu des années difficiles dans l’histoire récente, notamment avec la prise de pouvoir des Frères Musulmans travestie en victoire démocratique. Le gouvernement du maréchal al-Sisi a restauré la possibilité d’un avenir commun en Égypte. « L’Égypte de la paix accueille le Pape de la paix », slogan du déplacement pontifical, était pavoisé dans bien des rues. L’Égypte fait face à d’immenses défis : une population de 90 millions d’habitants, marquée par de forts contrastes sociaux, avec des factions islamistes… L’équation est complexe !

Quel message retenir de sa rencontre avec le patriarche orthodoxe ?
Nous avons eu l’occasion de rencontrer des évêques coptes orthodoxes ou catholiques, qui notent pour beaucoup la belle avancée de la reconnaissance du baptême dans chacune des Églises. Une prière œcuménique avait été organisée au patriarcat copte orthodoxe, intitulée : « Le pape de l’amour reçoit le pape de la paix ». Tous ceux qui s’engagent sur le chemin de l’union avec nos frères orthodoxes s’en trouvent encouragés. C’est un point important pour SOS Chrétiens d’Orient, qui a toujours refusé de discriminer une Église ou l’autre dans son aide.

Faut-il attendre quelque chose de sa rencontre avec Al-Azhar ?
La mission des chrétiens orientaux est de réussir à vivre avec les musulmans. Cela les oblige à un effort incroyable d’échange avec toutes les autres communautés, fussent-elles parfois ostensiblement hostiles à la prospérité des chrétientés orientales. Je me souviens par ailleurs ce que me confiait le supérieur du couvent Saint-Sauveur au Liban : « Dialoguer oui, mais en rappelant clairement aux interlocuteurs la vérité de leurs positions. » En ce qui concerne Al Azhar, je ne peux que témoigner des interrogations soulevées par nos amis en Égypte. Nous sommes, en tout cas, encore loin d’avancées sur des sujets aussi cruciaux que la liberté religieuse.

Quel accueil par les chrétiens eux-mêmes ?
Ils étaient aux anges : la rue chrétienne ne parlait que de ce voyage, de nombreux patriarches et évêques avaient fait le déplacement. Le pape François était là dans une vraie périphérie qui avait besoin de lui et auprès d’une communauté qui ne cesse de témoigner du Christ au prix de son sang.

Quelle espérance pour les chrétiens d’Égypte ?
Les chrétiens égyptiens sont un formidable témoignage d’espérance. Ils se battent pour préserver leur identité et leur complet engagement dans leur société, malgré toutes les violences. Le sang des martyrs est source de la foi, une foi incroyablement forte en Égypte. Mais les chrétiens sont une communauté incontournable : ils inventèrent l’Égypte et lui donnent tout son sens. Quel message dans un pays dénaturé par les tendances les plus extrémistes de l’islam !