« Chrétiens d’Occident, ne nous oubliez pas ! »

Talia est damascène et chrétienne.

Comment allez-vous en Syrie ?

Il reste donc une personne pour nous poser la question, et je vous en remercie. Notre calvaire n’intéresse plus personne, jusqu’à la prochaine polémique ou au prochain drame… Notre vie est toujours aussi difficile et nous sommes en plus épuisés. Il y a de bonnes nouvelles à l’intérieur du pays, mais nous savons tous que la solution durable est extérieure et qu’elle dépend de gouvernements dont nous ne comprenons pas les actions. Nous avions beaucoup d’espoir avec la nouvelle administration américaine, mais qu’en attendre désormais, je ne sais vraiment plus. J’ai vu l’attaque qu’il y avait eu à Manchester. C’est abominable et nous savons mieux que personne la peine de ces familles, du pays tout entier, et même de l’Europe si durement touchée ces derniers mois. Je me demande parfois comment j’arrive à éprouver encore une si grande tristesse alors qu’elle est quotidienne dans mon propre pays. Ce sont tout simplement des choses auxquelles on ne s’habitue jamais. Notre quotidien est toujours la guerre, et je vous mentirai si je vous disais que nous allons « bien ». La vie continue bien sûr, les Syriens ont une force de caractère exceptionnelle. Nous avons de vrais moments de joie mais, honnêtement, nous sommes épuisés.

Homs a été totalement récupérée par l’armée syrienne… Cela vous rassure ?

Évidemment et, je vous le disais, il y a de très bonnes nouvelles. Je sais que les Occidentaux ont du mal à entendre que nous puissions être soulagés de voir gagner l’armée syrienne, tant vous vous êtes appliqués à la dénoncer systématiquement. Pour nous, elle est, plus que jamais, un rempart contre l’islamisme. Cela ne va pas plus loin, il n’y a aucun calcul politique, ni même aucun soutien à telle ou telle réforme non faite, à la corruption des institutions ou à la personne du président. Il y a juste une reconnaissance envers nos soldats qui paient plus encore que les autres cette guerre atroce. Nous avons tous un frère, un cousin, un fils ou un père dans l’armée syrienne, beaucoup sont jeunes et appelés, et je préfère non seulement leur présence, mais plus généralement la présence des Syriens à celle de tous ces étrangers fanatisés qui tentent de nous coloniser.

Qu’attendez-vous des Occidentaux alors ?

Honnêtement ? Plus rien. Nous n’avons cessé d’espérer avec telle ou telle élection, telle prise de position, telle parole… Au bout de six ans, rien n’a changé et le pays est en ruines. J’ai confiance en mon pays, dans nos familles, notre jeunesse qui se bat tandis qu’une autre espère. J’ai confiance dans la Syrie qui saura se relever de cette guerre. Mais quand ? Là est la question véritablement angoissante. Cela peut-il durer des dizaines d’années comme ce fut le cas ailleurs ? Je parle évidemment ici des hommes politiques et des dirigeants de vos pays. Des Occidentaux en tant que peuple, j’attends la prière, le soutien moral et financier… Et nous les avons déjà. Il est vrai que nous avons une colère immense contre les pays occidentaux, mais nous savons aussi que vous êtes nombreux à nous soutenir et cela nous est indispensable. Notre espérance est désormais contre tout espoir : ne nous oubliez pas !