Défendre nos clochers et nos cloches

Vous êtes une association spécialisée dans la campanologie. Pouvez-vous nous préciser ce que c’est?

Il s’agit de l’étude des cloches sous leurs différents aspects : technique, acoustique, musical, religieux, symbolique, historique, patrimonial, etc. Donc non seulement de l’objet, mais aussi de tout l’équipement autour de la cloche et du patrimoine immatériel que sont les différentes sonneries civiles (heure, commémoration, tocsin…) et religieuses (angélus, annonce des offices, sortie de messe de mariage, enterrement, etc.).

 

Vous vous mobilisez actuellement contre la destruction du beffroi de l’église Sainte-Jeanne d’Arc à Paris (18e). Que se passe-t-il concrètement pour ce beffroi?

Cette basilique inachevée, dont la mairie est propriétaire de­puis seulement une vingtaine d’années et qui est mitoyenne de l’église Saint-Denys de La Cha­pelle, a sur son toit un petit abri en bois qui s’est fortement dégradé par manque d’entretien ; il abrite une cloche historique de 1756. Plutôt que de remplacer ce petit clocher, la mairie a décidé de le supprimer et d’exposer la cloche dans la nef ; mais cette décision a pour effet de supprimer définitivement toute sonnerie cultuelle pour la basilique et l’église, ce qui n’est pas acceptable.

Les destructions du patrimoine religieux se multiplient. Y voyez-vous un mépris des autorités pour le patrimoine cultuel français ou un simple problème financier?

­ Il faut nuancer la tendance observée. Il est exact que sur les 40 000 à 45 000 églises que compte la France, quelques édifices sont détruits ou désacralisés, mais il faut aussi rappeler que de très nombreux édifices religieux sont restaurés par les collecti­vités publiques pour préserver ce pa­trimoine religieux qui a souvent une grande valeur culturelle. Entretenir une église peut coûter cher à une petite commune rurale, d’autant que la pratique religieuse diminue. Dans les grandes villes, le pro­blème est similaire, compte tenu du nombre d’édifices antérieurs à 1905. Les budgets consacrés sont importants, mais ont des limites. Pour les cloches, le maintien en état des sonneries ne semble pas prioritaire dans les dépenses pa­trimoniales, peut-être également par crainte de soutenir un signe religieux ostentatoire qui pourrait être reproché à une collecti­vité publique et laïque.

Interview de Éric Sutter, président de la Société française de campanologie (SFC)