« Dieu veut notre bonheur. Nous gardons confiance ! »

Mariam est une jeune mère de famille chrétienne qui vit à Damas, en Syrie.

On parle d’une nouvelle attaque chimique ; les hommes d’État occidentaux peinent à tenir une ligne cohérente. Qu’est ce qui change pour vous, en Syrie ?
Il y a bien longtemps que nous avons arrêté d’écouter et de croire les dirigeants occidentaux, lorsqu’ils parlent de la Syrie. Voilà six ans que nous entendons à peu près tout et n’importe quoi sur notre pays, la guerre qui s’y déroule, nos aspirations de Syriens ou notre avenir. Nous traversons cette guerre en redoutant, en revanche, les décisions de tel ou tel, parce que nous savons que notre vie et notre avenir ne dépendent plus réellement de nous-mêmes. C’est un sentiment extrêmement désagréable, mais que nous avons fini par oublier dans notre vie quotidienne. Pour ce qui est des attaques chimiques, je n’en sais rien et personne n’en sait rien. Mais tout le monde y va de sa conclusion et je constate simplement que ces attaques permettent systématiquement aux grands de ce monde de changer de politique, d’ajuster leurs discours, de justifier une intervention… Mais ensuite, personne ne suit les enquêtes et personne ne cherche à connaître ou à transmettre la vérité. Cette guerre est celle du mensonge, tout le monde y trouve son compte et nous, Syriens, souffrant le martyre sans que cela ne préoccupe grand monde.

Y a-t-il quand même de bonnes nouvelles, parfois ?
Évidemment ! Nos vies quotidiennes sont pleines de bonnes nouvelles grâce à nos enfants, nos familles, nos voisins… Nous ne nous sommes pas arrêtés de vivre il y a six ans, heureusement ! Et même militairement, il y a de bonnes nouvelles, des avancées de l’armée syrienne dans des zones jusqu’alors contrôlées par l’État islamique. Ce qui est certain c’est que si tous les pays qui prétendent combattre l’État islamique l’avaient réellement fait en se coordonnant avec l’armée syrienne, il n’existerait déjà plus. C’est vrai que nous sommes en colère parce que nous ressentons toujours plus l’injustice que représente cette guerre : aucun Syrien n’a jamais voulu pareille horreur. Nous avons récemment eu plusieurs voitures piégées qui ont explosé à Damas, dont un dimanche dans un quartier chrétien… Vous n’imaginez pas la tristesse que c’est pour nous de voir ce pays que nous aimons tant défiguré à ce point. Tout cet islamisme mortifère était étranger pour nous.

Continuez-vous à espérer ?
Tant que le pays tient, nous aussi. Et puis notre espérance ne vient heureusement pas de ce monde. Nous avons aujourd’hui des raisons humaines et spirituelles d’espérer, ce n’était pas le cas il y a quelques années dont oui, nous continuons à espérer. Nous prions, nos prêtres nous aident et nous soutiennent, les enfants espèrent très naturellement et nous savons aussi que de nombreux étrangers – notamment français – ne nous oublient pas. Ça aussi, c’est important. Dieu veut notre bonheur comme celui de l’humanité tout entière, et Il sait comment consoler son peuple. Il semble parfois prendre des chemins détournés mais nous gardons confiance !