Document : un chrétien Assyrien enlevé par l’État Islamique témoigne

Racontez-nous comment a débuté l’attaque et comment vous avez été fait prisonnier.

Il y a habituellement des gardes dans le village. Ce jour-là, les gardes sont partis pour Hassaké à 4 du matin. L’EIIL est entré dans le village à 5 h du matin et a frappé à nos portes pour nous réveiller. Ils nous ont rassemblés, tous les villageois, dans une petite pièce. De l’autre côté [nord] de la rivière [Khabour], il y avait des combattants kurdes et assy­riens et nous pouvions entendre les échanges de tirs entre eux et l’EIIL. […] Nous sommes restés dans cette pièce environ trois heures, jusqu’à ce que les combats cessent. […] L’EIIL a alors fait venir un véhicule et nous avons été conduits au Mont Abdul Aziz [une place forte de l’EIIL].­

 

Combien étiez-vous?

21, 17 hommes et 4 femmes.

 

Que s’est-il passé quand vous êtes arrivés au Mont Abdul Aziz?

Ils nous ont répartis dans deux petites pièces. Nous y avons passé la nuit.

 

Que vous ont-ils dit?

Ils nous ont demandé de nous convertir à l’islam. […]

Qui vous parlait?

Beaucoup d’hommes barbus nous ont parlé et chacun nous demandait de nous convertir à l’islam. […]

 

Que s’est-il passé après?

Nous avons passé la nuit là. Au matin, ils ont fait venir des voitures et nous avons roulé pendant quatre heures dans les montagnes. […]

 

Combien de temps êtes-vous restés?

Pendant 5 jours, jusqu’à ce que nous soyons relâchés. […]

 

Quand l’EIIL vous a demandé de vous convertir à l’islam, qu’avez-vous répondu?

Nous leur avons dit que nous ne nous convertirions pas. Ils nous ont dit qu’on devrait alors payer la djizîa [impôt sur les chrétiens] ou quitter le pays. […] Nous avons dit qu’on paierait la djizîa mais qu’on ne se convertirait pas.

 

Quel était le montant de la djizîa?

Ils nous ont dit que, pour cette fois, ils ne prélèveraient pas la djizîa, parce que nous n’avions pas combattu contre eux. Ils nous ont dit qu’ils nous relâcheraient, à la condition que nous ne retournions pas dans notre village. [Sinon,] ils décapiteraient les hommes et feraient des femmes leurs esclaves. […]

 

Après votre libération, vous êtes retournés directement à Hassaké?

Oui. Ils ont loué un véhicule pour nous mener à Hassaké, le véhicule était assez grand. Nous avons été conduits directement à Hassaké. […]

 

Qu’avez-vous ressenti en arrivant à Hassaké?

Franchement, nous ne pensions pas que nous allions nous en sortir vivants, et nous étions vraiment effrayés. Quand nous sommes arrivés à Hassaké nous avons été très heureux quand nous avons vu l’église Sainte-Marie pleine et tous les gens qui étaient là.

 

Quand vous étiez prisonniers, à quoi vous et les autres pensaient?

Nous étions dans une peur constante, nous ne pensions pas qu’ils nous relâcheraient. C’est une grâce de saint Zaya et de Dieu que nous ayons été sauvés.

 

À présent que vous êtes en sécurité à Hassaké, qu’avez-vous l’intention de faire?

Nous ne pouvons pas retourner à notre village. On va très bientôt partir pour le Liban.

 

Tous les 21?

Pas seulement nous, mais tous les Assyriens. Khabour est désormais vide. Tout le monde a le projet de partir. […] Il n’y a plus aucun civil assyrien dans toute la région.