Érythrée : manœuvres autour de l’Église orthodoxe

Pour avoir pris la défense de membres de son clergé persécuté par le pouvoir, et refusé la demande du gouvernement d’excommunier 3 000 membres d’un mouvement de jeunesse de son Église, le patriarche Abune Antonios, aujourd’hui âgé de 90 ans, a été déposé par le gouvernement en 2005 et placé depuis en résidence surveillée (cf. Christianophobie hebdo, n° 122, 5 juin). Le pouvoir avait instauré un nouveau patriarche, au mépris du droit de l’Église orthodoxe d’Érythrée, mais il est décédé. Le gouvernement a donc mis en scène une apparition fugace du patriarche pour faire croire que les choses étaient redevenues normales… C’est une manœuvre qui n’a abusé personne, comme le signale un communiqué de Release-Eritrea dont le siège est au Royaume-Uni.

Release-Eritrea a renouvelé aujourd’hui [18 juillet 2017] son appel à la prière et à la défense des intérêts pour Sa Sainteté Abune Antonios, patriarche de l’Église orthodoxe d’Érythrée, illégalement déposé et placé en assignation à résidence depuis plus d’une décennie.

Des sources proches de Release-Eritrea ont révélé aujourd’hui qu’elles sont très sceptiques sur les événements qui ont conduit à une apparition publique d’Abune Antonios, patriarche de l’Église orthodoxe érythréenne, lors d’une messe qui a été célébrée en l’église St Mary d’Asmara [capitale de l’Érythrée] dimanche dernier [16 juillet]. Bien que plusieurs déclarations aient été faites pour signaler que cet événement manifestait la conclusion heureuse des « efforts de réconciliation » au sein de l’Église orthodoxe, des observateurs n’ont pas tardé à remarquer qu’après la rafale d’activités et les rencontres entre beaucoup de gens tout au long de cette journée, les choses sont, en fait, revenues à la situation antérieure de ces dernières années, avec un patriarche âgé toujours dans la même maison où il est incarcéré depuis plus de dix ans et dans des conditions inchangées.

Au cours des tout derniers mois, sa santé a décliné et c’est pourquoi on dit que ses déplacements et ses activités doivent être réduits : il est toutefois alerte et continue à prier pour la nation. Les rares personnes qui sont en contact avec lui ont, jusqu’à ce jour, totalement réfuté toutes les accusations portées contre lui par les efforts orchestrés par le gouvernement pour discréditer son autorité et placer l’Église sous le contrôle du gouvernement.

Tout en appelant à continuer à prier et à défendre les intérêts de Sa Sainteté, le Dr Barhane Asmelash, directeur de Release-Eritrea, a déclaré : « Ce n’est pas la première fois que le gouvernement érythréen organise un grand spectacle en “libérant” un prisonnier pour diminuer la pression sans vraiment prendre une quelconque mesure légale pour libérer véritablement le prisonnier […] Par conséquent je lance un appel pour qu’on continue à prier et à défendre les intérêts d’Abune Antonios dont la solidarité qu’il a manifestée pour les membres de son clergé mis en prison, est la cause de sa déposition et de son arrestation. La manière dont il a dirigé l’Église orthodoxe, son dévouement à la foi et au peuple d’Érythrée ne sont rien moins qu’exemplaires, et il est temps pour nous tous de renforcer notre appel à sa libération et à sa réinstallation comme chef de l’Église qui a souffert des interférences injustifiées d’un gouvernement qui est bien connu pour son épouvantable bilan contre la liberté de culte ».

Release-Eritrea, 18 juillet – © CH pour la traduction.